Theory and History of Ontology

by Raul Corazzon | e-mail: rc@ontology.co

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René Descartes. Bibliographie Chronologique et Annotée (Première Partie: 1616-1640)

Deuxième Partie (1641-1650)

INTRODUCTION

Cette bibliographie des œuvres de Descartes en ordre chronologique tient compte aussi des publications non comprises dans l'édition Adam-Tannery; dans les citations l'orthographe, qu'à la fin du XVIIe siècle n'était pas encore totalement fixée, est modernisée; pour chaque texte je donne la référence aux suivant éditions:

  • AT = Charles Adam, Paul Tannery (éds.), René Descartes, Œuvres, Nouvelle présentation par J. Beaude, P. Costabel, A. Gabbey et B. Rochot, Paris: Vrin 1964-1974 (Édition du Jubilé, 1996, 11 volumes); première édition 1897-1913 (Les tomes I-V contiennent la Correspondance).

  • B Op. I = Giulia Belgioioso (éd.), René Descartes, Opere 1637-1649, con la collaborazione di I. Agostini, F. Marrone, M. Savini, Testo francese e latino a fronte, Milano: Bompiani, 2009.

  • B Op. II = Giulia Belgioioso (éd.), René Descartes, Opere postume 1650-2009, con la collaborazione di I. Agostini, F. Marrone, M. Savini, Testo francese e latino a fronte, Milano: Bompiani, 2009.

  • CO = Vincent Carraud, Gilles Olivo (éds.), René Descartes, Étude du bon sens, La recherche de la vérité et autres écrits de jeunesse (1616-1631), Paris: Presses Universitaires de France 2013.

  • O I = Jean-Marie Beyssade et Denis Kambouchner (éds.), René Descartes, Œuvres complètes I. Premiers écrits. Règles pour la direction de l'esprit, Paris: Gallimard, 2016.

  • O III = Jean-Marie Beyssade et Denis Kambouchner (éds.), René Descartes, Œuvres complètes III. Discours de la Méthode et Essais, Paris: Gallimard, 2009.

Pour la Correspondance, je donne les réfèrences aux éditions Adam-Tannery (AT, volume et pages), Armogathe (O VIII, 1 et 2, volume et pages), Belgioioso (B, et le nombre de la lettre).

Pour la liste des éditions de références et des abréviations voir René Descartes. Outils de recherche: Biographies, Dictionnaires et Lexiques des Ses Œuvres

L'INVENTAIRE DES ECRITS DE DESCARTES

  • [Inventaire de Stockholm] Inventaire succinct des Écrits. 1656.

    AT X 5-12; Note manuscrite de Leibniz des papiers de Descartes (AT X 208-209).

    Inventaire des papiers qu'il avait emportés en Suède; un autre inventaire, rédigé à Leyde n'a pas été retrouvé.

    "A la mort de Descartes, 11 février 1650, un inventaire fut dressé à Stockholm, le 14 février, des papiers qu'il avait emportés en Suède, et un autre à Leyde, le 4 mars, de ceux qu'il avait laissés en Hollande. Baillet, dans sa Vie de Monsieur Des-Cartes 1691, t. II, p. 427-8, et 428-9), nous apprend, avec force détails, comment ont été faits les deux inventaires; mais il ne donne le texte ni de l'un ni de l'autre. Des recherches faites en Hollande (septembre 1894), pour retrouver le second, n'ont pas abouti. Et d'ailleurs nous savons, par des témoignages du temps, que Descartes avait emporté à Stockholm ses papiers principaux."

    (Charles Adam, AT X, pp. 1-2, notes omises)

    Une traduction latine abrégée de l'inventaire se trouve dans: Pierre Borel, Elenchus manuscriptorum Cartesii Stocholmi repertorum post Eius obitum anno 1650, in: Vitae Renati Cartesii summi philosophi compendium, Paris 1656, pp. 16-19; texte français publié en 1887 par Bierens de Haan et, dans un version révisée, par Charles et Henri Adam en 1894 (AT X pp. 5-12).

    Dans l' Introduction à l'édition critique de la correspondance de l'an 1643, Theo Verbeek a montré que l'inventaire n'a pas été rédigé à Stockholm le 14 février 1650, mais à La Haye avec la collaboration de Christiaan Huygens à la fin du 1653 ou au début du 1654 ( The Correspondence of René Descartes 1643, édité par Theo Verbeek, Erik-Jan Bos, Jeroen van de Vern, Utrecht, Zeno Institute for Philosophy The Leiden–Utrecht Research Institute, 2003, pp. XV-XXI).

    "All this confirms that the ‘Stockholm inventory’ cannot date from 1650. In fact, it is likely that it was made in The Hague, with the help of Christiaan Huygens, somewhere at the end of 1653 or the beginning of 1654, that is, almost four years after Descartes’ papers came into Chanut’s possession." (p. XXI).

BIBLIOGRAPHIE

  1. Armogathe, Jean Robert, Carraud, Vincent, and Feenstra, Robert. 1616. "La Licence en droit de Descartes : un placard inédit de 1616." Nouvelles de la République des Lettres no. 2 (1988):123-145.

    Retrouvée en 1981 à Poitiers, manque dans AT.

    Édition critique du texte latin (pp. 125-131) avec la traduction en français, (pp. 131-133) de la thèse en droit soutenue à Poitiers le 21 décembre 1616.

    Première édition : Jean-Robert Armogathe et Vincent Carraud, "Texte original et traduction française d'un inédit de Descartes: Dédicace du placard de la licence en droit", Archives de Philosophie, 50, 1987, Bulletin Cartésien XV, pp. 1-4.

    Texte latin et traduction française, CO, pp. 21-29; texte latin et traduction italienne, B Op. II, 1454-1461; nouvelle traduction par Jean-Marie Beyssade et Michelle Beyssade avec la collaboration d'André Laingui, O I, 46-49.

    Traduction anglaise dans : Kurt Smith, "Descartes' Life and Works", The Stanford Encyclopedia of Philosophy, Edward N. Zalta (ed.), (URL = plato.stanford.edu/entries/descartes-works/).

    "Les écrits authentiques du jeune Descartes sont rares : la lettre d'un jeune Descartes, «collégien à La Flèche», devant être attribuée à son frère Pierre, les premiers textes repérés remontent aux manuscrits décrits dans l'inventaire de Stockholm; ils ne nous sont parvenus que par les extraits traduits par A. Baillet dans sa Vie ou dans les textes, aujourd'hui perdus, publiés et traduits par Foucher de Careil.

    Le document que nous présentons est donc important à double titre: par les renseignements biographiques nouveaux fournis sur une période encore mal connue de la vie de René Descartes, d'une part; par le texte lui-même, d'autre part. Nettement plus longue que les dédicaces habituelles des placards de thèses, la dédicace de 1616 se présente comme une autobiographie intellectuelle, et même comme une «histoire de [mon] esprit» (pour reprendre, en anticipant, l'expression de Guez de Balzac): c'est ce qui nous a autorisé, dans l'annotation, à citer fréquemment la première partie du Discours de la Méthode. « Le philosophe qui dit 'je' » est d'abord celui qui «représente sa vie» et écrit l'histoire de ses études jusqu'à ce qu'il fût «reçu au rang des doctes», l'histoire de son esprit. De cette dédicace, Descartes aurait déjà pu dire : «ne proposant cet écrit que comme une histoire»." (p. 123).

  2. Descartes, René. 1618-19?; 1628? L'art de l'escrime (Extraits de Baillet).

    Baillet I 35, II 407; AT X, 535-538; B Op. II, 916-917.

    "Descartes passa l’hiver de la fin de 1612 et du commencement de 1613 dans la ville de Rennes, à revoir sa famille, à monter à cheval, à faire des armes, et aux autres exercices convenables à sa condition. On peut juger par son petit traité d'Escrime s’il y perdit entièrement son temps." Baillet I, VIII, 35.

    "Nous trouvons aussi parmi les manuscrits de M. Descartes un petit traité touchant la manière de faire des armes sous le titre de l'Art d'escrime, où il paraît que la plupart des leçons qu’il y donne sont appuyées sur sa propre expérience. Après avoir dit quelque chose en général de la qualité de l'épée et de la manière de s’en servir, il divise son traité en deux parties.

    Dans la première il fait « voir comme on peut s’assurer contre tous les efforts de l’adversaire, et en tirer de l'avantage pendant qu’on est en mesure longue, et comme on peut le mettre sûrement en mesure courte ». Dans la seconde il examine comment étant entré en mesure courte, on peut infailliblement vaincre. Et pour cela il suppose deux hommes d'égale grandeur, d’égale force, et d’armes égales, se réservant à marquer ensuite ce qu’il y a à faire en cas d’inégalité."

    Baillet II, XX, 407 ; Abrégé 23 et 326.

    Selon Paul Adam la date de composition de ce petit traité (aujourd'hui perdu) serait le 1628 ; selon Carraud et Olivo, 1618-1619 (CO, pp. 35-36) .

  3. Beeckman, Isaac. 1618-19. Extraits du Journal tenu par Isaac Beeckman.

    Le Journal tenu par Isaac Beeckman de 1604 à 1634, (abrégé CDW) a été publié en quatre volumes par Cornelis de Waard, La Haye: Martinus Nijhoff, 1939-1953.

    Texte latin AT X : I. Varia, 44-66; B Op. II, 1316-1335; II. Physico-mathematica, 67-78; B Op. II, 1336-1351; traduction par Frédéric de Buzon, O I, Notes du Journal (1618-1619), 85-97; Opuscules de Descartes insérés dans le Journal de Beeckman 98-106.

    AT X, I. Varia : Angulum nullum esse male probavit Des Cartes 46 ; II. Turbo puerorum, id est een worptop, cur erectus flet, cùm vertitur 51 ; III. Chordae majores intactas minores et consonantes tactae movent 52 ; IV. Physico-mathematici paucissimi 52 ; V. Fistula fortius inflata cur in octavam abeat 53 ; VI. Testudinis (een lute) chordas disponere 53 ; VII. Quartâ à consonante chorda remota non tremit. — Quarta à quintâ dignoscere 54 ; VIII. Quadratum radici aequale datum 54 ; IX. Mr. Duperon 56 ; X. Bisectio in musicis facillima et gratissima 56 ; XI. Lapis cadens in vacuo cur semper celerius cadat 58 ; XI bis. Lapidis cadentis tempus supputatum 58 ; XII. Modi non dulces et iclus testimonio probati 61 ; XIII. Modi modorum argumento probati 62 ; XIV. Modi modorum ab objeftione defensi 63 ; XV. Ars Lulli cum Logicâ collata 63-66.

    AT X, II. Physico-mathematica : I. Aquae comprimentis in vase ratio reddita à D. Des Cartes 67 ; II. Lapis in vacuo versus terrae centrum cadens quantum singulis momentis motu crescat, ratio Des Cartes 72-74.

    "Une des découvertes les plus importantes pour la compréhension de l'évolution de la pensée cartésienne fut celle du Journal tenu par Isaac Beeckman de 1604 jusqu'à sa mort, survenue le 19 mai 1637 (*). C. de Waard retrouva ce manuscrit à la bibliothèque de Middelburg en juin 1905; immédiatement avisé, Ch. Adam en tint compte dans le tome X des Œuvres de Descartes. Cela suppose une grande rapidité de travail : le tome X parut en 1908, mais l'Avertissement d'Adam est daté du 15 décembre 1905. D'autres fragments du Journal, beeckmaniens cette fois, paraissent dans l'édition que le même C. de Waard donne de la Correspondance de M. Mersenne à partir de 1933. On peut remarquer qu'à mesure que les textes de Beeckman sont connus, se modifie favorablement l'image de leur auteur ; il est vrai qu'elle était d'assez mauvaise qualité au rapport de certaines lettres de Descartes, et surtout de Baillet. Un témoin de cette évolution est A. Koyré, qui écrivait en 1939 dans les Études Galiléennes, p. 108-9 que « la publication par M. Cornelis de Waard de nouveaux fragments du Journal de Beeckman (...) a modifié sensiblement l'image que l'on se faisait, ou plus exactement que l'on ne se faisait pas du Physicien hollandais. En effet, Beeckman, on s'en rend compte maintenant, mérite pleinement l'appellation de vir ingeniosissimus dont l'avait gratifié Descartes ; et, ce qui plus est, il nous apparaît désormais comme un chaînon de première importance dans l'histoire de l'évolution des idées scientifiques ; enfin, son influence sur Descartes semble avoir été beaucoup plus profonde que l'on n'a pu le supposer jusqu'ici (...). » A fortiori, cette image s'améliore encore davantage grâce à la publication de la quasi intégralité du Journal par, encore et toujours, C. de Waard. Les quatre tomes de cette édition paraissent à La Haye entre 1939 et 1953 ; ils renferment avec l'indication du foliotage l'essentiel des notes scientifiques, à l'exception très notable de la copie que Beeckman fit faire du Compendium Musicae vers 1628, de quelques notes d'intérêt divers: détails familiaux, observations météorologiques, informations maritimes etc.

    (...)

    Le Journal est décrit avec une grande exactitude dans le premier tome de l'édition, pp. XXV-XXXIV ; il se compose d'environ cinq cents feuilles contenant de brèves notes de lecture, de pensées propres, et de remarques concernant les rencontres que faisait Beeckman. Les notes relatives à Descartes ont en premier attiré l'attention, et ceci justement. L'intérêt des renseignements fournis par Beeckman est en effet capital. Les textes cartésiens consignés sont les premiers que nous connaissons, et il apparaît invraisemblable que l'on en découvre d'antérieurs. D'autre part, ils occupent une position critique dans la vie du philosophe ; ils terminent les années d'étude, et débutent une production propre. Descartes rencontra Beeckman (1) le 10 novembre 1618 à Breda. Très rapidement une estime mutuelle s'installe : « Ce Poitevin a fréquenté beaucoup de Jésuites et autres hommes de science. Il dit cependant n'avoir jamais rencontré personne, à part moi, qui use, ce dont je me réjouis, de ce mode d'étude, et joigne exactement la physique avec la mathématique. Et moi, je n'ai jamais parlé qu'à lui de ce mode d'étude (2) ». A de nombreuses reprises les suites de cette rencontre ont été décrites (3); en particulier, les commentateurs mettent en relation les fragments cartésiens du Journal avec les Cogitationes Privatae. C'est le cas de l'ensemble des Premières Pensées de Descartes, que M. H. Gouhier publia en 1958 (Paris, Vrin). D'une façon générale, on peut dire cependant que les historiens des sciences ont fait porter l'accent sur des problèmes « nobles » tels celui de la chute des graves; en revanche, sauf exceptions, ont été négligés les problèmes relatifs à l'acoustique, que nous voudrions décrire avec quelques détails." (pp. 1-3; Frédéric de Buzon, Descartes, Beeckman et l'acoustique, Archives de philosophie, 44, 1981, pp. 1-8).

    (1) La rencontre est racontée par Lipstorp puis Baillet, cités dans A-T, X, p. 47-51. Voir G. Rodis-Lewis, L'œuvre de Descartes, Paris, Vrin 1971, p. 25 et note p. 435.

    (2) Nous reprenons la traduction de Mme Rodis-Lewis (op. cit., p. 26) en rétablissant, contre une suggestion d'A-T X, p. 52, le texte original: le g de gaudeo est parfaitement lisible sur le ms.

    (3) Voir les notes bibliographiques de Mme Rodis-Lewis, op. cit., et C. L. Thiss-Schoute, Nederlands cartesianisme, Amsterdam 1954, pp. 557-560.

    (*) [Beeckman était né le 10 décembre 1588]

    "Examinons, dans cette masse énorme de documents, ceux qui se rapportent sans conteste à Descartes, puisqu'il y est nommé. Ils se trouvent en quatre endroits différents :

    [1618-1619]

    1. — Fol. 97 verso, à fol. 1 18.

    2. — Fol. 160 recto, à fol. 178 verso.

    3. — Fol. 287 verso, à fol. 290 verso.

    [1628-1629]

    4. — Fol. 333 recto, a fol. 334 recto, 1. 34. — Fol. 338 recto, 1. 9, à fol. 340 recto, 1. 24. — Fol. 341 verso, 1. i6-3o. — Fol.* 352 recto, 1. 8-24." (Charles Adam, AT X, Avertissement, p. 22).

  4. Descartes, René. 1618. Musicae Compendium.

    AT X, 89-141; B Op. II, 30-105; traduction française par Frédéric de Buzon, O I, 149-189.

    Le manuscrit original est perdu ; première édition posthume: Musicae compendium, Trajecti ad Rhenum: Gisberti a Zyll & Theodori ab Ackersdijck, 1650.

    Traduction française sur le manuscrit originel par Nicolas-Joseph Poisson (1637-1710) publiée dans : Traité de la mechanique composé par Monsieur Descartes. De plus l’abrégé de musique du mesme autheur mis en françois. Avec les éclaircissemens nécessaires (l'Abrégé est à pp. 53-98 ; les Elucidationes physicae in Cartesii musicam de N.-J. Poisson à pp. 101-127), Paris, 1668 (reprint: Abrégé de musique, suivi des Eclaircissements physiques sur la musique de Descartes, Paris, Méridiens Klincksieck, 1990, introduction et notes par Pascal Dumont, préface de Joseph-François Kremer).

    Édition critique avec traduction, présentation (pp. 5-49) et notes par Frédéric de Buzon, Abrégé de Musique. Compendium Musicae, Paris: Presses Universitaires de France, 1987.

    C'est la première œuvre de Descartes, rédigée du 10 novembre au 31 décembre 1618 pour son ami Isaac Beeckman.

    Le Journal de Beeckman contient "la copie du Compendium Musicae que Descartes, à Bréda, remit à Beeckman pour ses étrennes de 1619. Celui-ci le confia en 1627 au copiste qui écrivait en gothique et qui copia encore d'autres documents de la même époque (...). Lorsque Beeckman fit relier ses papiers en 1628, cet écrit et ceux du même lot devaient interrompre l'ordre chronologique des notes. Beeckman restitua l'original à Descartes en 1629. Depuis lors divers savants hollandais en prirent des copies : Constantin Huygens en 1637 et Van Schooten vers 1640, dont les exemplaires sont conservés respectivement à la Bibliothèque de l'Université de Leyde et à celle de l'Université de Groningue." (Cornelis de Waard, Avertissement au premier volume du Journal tenu par Isaac Beeckman de 1604 à 1634. Tome 1 : 1604-1619, The Hague: Martinus Nijhoff, 1939, p. XXXVIII.)

    Sur l'approche mathématique de Descartes à la musique, voir la lettre à Beeckman du 24 janvier 1619: "Si vous considérez cela, et le reste de ma Musique, (8) avec attention, vous verrez que tout ce que j'ai écrit des intervalles des consonances, des degrés et des dissonances s'y trouve démontré de façon mathématique, mais en gros, de manière confuse et beaucoup trop concise.

    Mais en voilà assez pour aujourd'hui. Le reste à plus tard." (AT X 153; O VIII 2, 320; B 1).

    (8) Le Compendium musicae, offert à Beeckman quelques semaines plus tôt.

    "Comme l'indique son nom, le Compendium Musicae est un traité de musique, et non pas d'harmonie ; ce terme même n'apparaît pas. Cette remarque prend de l'intérêt lorsque l'on aperçoit que, situation unique à notre connaissance, le rythme est traité avant les consonances et les problèmes de hauteur. D'autre part, un ensemble de propositions préalables, les Praenotanda, définit les limites de l'objet musical, et plus généralement de l'objet esthétique ; ces propositions produisent également la théorie du rythme et la théorie de la consonance. On comprend aussi qu'on ait pu en inférer une esthétique cartésienne (10)." (Frédéric de Buzon, Présentation, p. 8).

    (10). V. O. Revault d'Allones, L'esthétique de Descartes, Revue des Sciences humaines, n° 61, 1951.

    "Les commencements d'une méthode.

    Lorsqu'il publia une nouvelle édition du Discours de la Méthode le P. Poisson remplaça, en quelque sorte, la Géométrie par un traité de mécanique, l'Explication des machines et engins, et par la traduction de l'Abrégé. [*] Ces deux œuvres étaient donc promues au rang d'essais de la méthode, au même titre que la Dioptrique et les Météores. Il y a là un abus évident, puisque les Essais étaient avec le Discours œuvres publiques, alors que les opuscules ainsi annexés n'étaient pas évidemment destinés à être publiés ; et l'Abrégé moins encore, que son auteur destinait aux seules archives beeckmaniennes. De plus, si l'on admet que la méthode de Descartes est contenue initialement dans les Regulae, et si l'on date le plus probablement cet ouvrage autour de 1628, on ne peut croire que l'Abrégé soit la mise à l'épreuve d'une méthode que Descartes ne révélerait à lui-même que dix ans après.

    Il reste que l'assimilation de Poisson fait signe vers un problème majeur, celui de la méthode de Descartes avant la méthode, qui pourrait contribuer à définir certaines constantes logiques, voire psychologiques à l'œuvre dès 1618. Quelques caractères peuvent sans doute être ainsi décrits.

    En premier lieu, on peut noter qu'à la différence des traités de musique antérieurs — que Descartes n'a pas sous la main (43) —, et à l'unisson des productions scientifiques et philosophiques ultérieures, l'Abrégé néglige à peu près toute référence historique, et ne fonde jamais la vérité de son discours sur la moindre évocation des autorités passées; le traité est suffisant par rapport à la chose même, et comme dans la Géométrie, Descartes laisse à son lecteur le soin de tirer les conclusions des prémisses. Il n'y a là que l'essentiel. Ce qui explique à la fois l'importance du traité dans l'histoire de la théorie (44), et un certain mépris dans la musicologie classique (45).

    De plus, si la méthode n'est jamais thématisée pour elle-même dans l'Abrégé, elle offre des analogies intéressantes avec la suite de l'œuvre. On a déjà souligné le fait que Descartes procède constamment du simple au complexe; mais on peut aussi considérer la corde, réduite à sa seule dimension de longueur, comme, précisément une dimensio, au sens de la Règle XIV, c'est-à-dire « le mode et la raison, selon laquelle on considère que quelque sujet est mesurable » (46), ou bien une nature simple. Autre nature simple, le temps, et ses divisions qui correspondent aux passions du corps ; l'Abrégé ainsi se borne à étudier les paramètres par lesquels la musique est mesurable, en négligeant les qualités (timbres, nuance forte / piano, etc.), laissés aux physiciens (47).

    Enfin il est remarquable que Descartes réduise la connaissance de la nature réelle du son et de sa perception par l'oreille au minimum nécessaire à une théorie de l'art. Il y a d'ailleurs une continuité au plan même des exemples avec les textes ultérieurs ; la Règle XIII évoque la question discutée vers 1628 par Mersenne et Beeckman relative aux cordes de grosseur et de tension différentes; comme il l'avait fait en 1618, Descartes met entre parenthèses toute référence à la vibration de la corde, cette donnée n'étant pas conçue comme nécessaire (48).

    Ainsi, l'écrit de circonstance qu'est le Compendium Musicae a des résonances précises dans l'œuvre ultérieure, tant du côté de l'application de la mathématique à la réalité physique que du côté de la physiologie et de la théorie des passions. C'est sur ce double registre que joue constamment Descartes ; si l'art a pour fin d'émouvoir les passions, définition commune à Descartes et à Caccini (49), il reste la tâche philosophique de connaître ces passions; les silences de Descartes sur les passions forment ainsi l'indication d'un programme (50).

    Il resterait à définir la musique de Descartes après le Compendium ; elle est connue par la correspondance, et l'on sait le talent de critique déployé par Descartes dans la querelle de Boësset et de J. A. Ban; mais l'ensemble paraît inachevé: « Si je ne meurs que de vieillesse, j'ai encore envie quelque jour d'écrire de la théorie de la musique » (51)." (Frédéric de Buzon, Abrégé de Musique, cit., Présentation, pp. 16-18).

    [*] Discours de la Méthode, plus Dioptrique, les Météores, la Mécanique et la Géométrie, qui sont des essais de cette méthode, Paris: Ch. Angot, 1668.

    (43). Descartes indique ne pas se rappeler certaines propriétés, AT X, p. 133 et p. 140.

    (44). Dans une bibliographie abondante, on relèvera ici que W. C. Printz, dans l'Historische Beschreibung der Sing- und Klingkunst, Dresde, 1690, chap. XII, § 72, fait gloire à Descartes d'avoir le premier considéré la tierce majeure comme une consonance parfaite ; que Rameau, Traité de l'harmonie, Paris, 1722, dérive du Compendium la plupart des concepts initiaux. V. aussi les appréciations de H. Riemann, Geschichte der Musiktheorie, Berlin, 1921, p. 419-420.

    (45). Le Descartes et la musique d'A. Pirro (Paris, Fischbacher, 1907, rééd. Genève, Vlinkoff, 1973) est un brillant exemple de mésinterprétation du projet cartésien, en ce qu'il néglige les enjeux physico-mathématiques, et favorise exagérément l'interprétation des règles de composition.

    (46). Règles pour la direction de l'esprit, AT X, p. 447, trad. J.-L. Marion, La Haye, Nijhoff, 1977, p. 67.

    (47). AT-X, p. 89.

    (48). V., dans l'édition citée supra des Règles, l'Annexe v du P. Costabel sur la loi des cordes vibrantes.

    (49). G. Caccini, Le nuove musiche, Florence, 1601. L'analogie des formules caccinienne et cartésienne est signalée par G. Rodis-Lewis, "Musique et Passions au XVIe siècle (Monteverdi et Descartes)", Dix-septième siècle, 1971, n° 92 (cette étude portant essentiellement sur la querelle Ban-Boësset, à partir du tome X de la Correspondance de M. Mersenne).

    (50). AT-X, p. 111 et 140.

    (51). Descartes à Constantijn Huygens (4 février 1647), AT IV, 791 [O VIII 2, 162; B 601).

  5. ———. 1619. [Registre de 1619].

    Le registre autographe de Descartes, légué par Clerselier à l’abbé Legrand, a été perdus après la mort de Legrand dès 1704.

    Index des titres: Parnassus (18 fuillets); Praeambula (4 pages); Experimenta (cinq feuillets et demi); Democritica (sept ou huit lignes); Olympica.

    CO, 50-83: Les fragments philosophiques sont édités (52-64), traduits (53-65) et annotés (67-83) dans : "<Registre de 1619> Parnassus, Democritica, Praembula, Experimenta; Parnasse, Démocritiques, <Notes:>, Préambules, Observations, <Inventer>.

    "L'article C de l'Inventaire de Stockholm énumère plusieurs titres de petits traités, que Descartes avait écrits, ajoute-t-on, « en sa jeunesse ». Les textes originaux, remis comme nous savons à Clerselier, sont, à l'heure qu'il est, malheureusement perdus. Toutefois quelque chose, et même, on peut le dire, l'essentiel en a été conservé par deux voies différentes. Baillet eut ces textes entre les mains, et il en fît mention, et les traduisit même en plusieurs endroits, dans sa Vie de Monsieur Des-Cartes en 1691. D'autre part, les mêmes textes avaient été mis déjà par Clerselier à la disposition de Leibniz, pendant un séjour de celui-ci à Paris en 1675-76 ; Leibniz en avait pris une copie, et cette copie fut déposée plus tard avec ses papiers à la Bibliothèque royale de Hanovre." (AT X, Avertissement, p. 173).

    "M. Chanut ambassadeur de France en Suède, et le baron de Kroneberg commis par la reine Christine, pour assister à l'inventaire de ce qu’il avait laissé à sa mort, trouvèrent parmi les écrits de sa composition un registre relié et couvert de parchemin, contenant divers fragments de pièces différentes auxquelles il paraît qu’il travailla pendant ce temps-là. C'était: 1. Quelques considérations sur les sciences en général [le titre du manuscrit est Parnassus]; 2. Quelque chose de l'algèbre, 3. Quelques pensées écrites sous le titre Democritica; 4. Un recueil d’observations sous le titre Expérimenta; 5. Un traité commencé sous celui de Preambula: Initium sapientiæ timor Domìni; un autre en forme de discours, intitulé Olympica, qui n’était que de douze pages, contenait à la marge, d’une encre plus récente, mais de la même main de l’auteur, une remarque qui donne encore aujourd’hui de l’exercice aux curieux. Les termes auxquels cette remarque était conçue portaient: XI Novembris 1620, cœpi intelligere fondamentum Inventi mirabilis, dont M. Clerselier ni les autres cartésiens n’ont encore pu donner l’explication. Cette remarque se trouve vis-à-vis d'un texte qui semble nous persuader que cet écrit est postérieur aux autres qui sont dans le registre, et qu’il n’a été commencé qu’au mois de novembre de l’an 1619. Ce texte port ces termes latins: X Novembris 1619, cùm plenus forem Enthoumsiasmo, & mirabilis scientiæ fundamenta reperirem &c.

    Mais le principal de ces fragments, et le premier de ceux qui se trouvaient dans le registre était un recueil de Considérations mathématiques, sous le titre de Parnassus, dont il ne restait que trente-six pages. Le sieur Borel a cru que c’était un livre composé l’an 1619, sur une date du premier jour de janvier, que M. Descartes avait mise à la tête du registre. Mais il se peut faire que la date n’ait été que pour le registre en blanc, et qu’elle n’ait voulu dire autre chose, sinon que M. Descartes aura commencé à user de ce registre le premier de janvier 1619, pour continuer de s’en servir dans la suite des temps selon ses vues et sa volonté. L’opinion du sieur Borel n’en est pourtant pas moins probable, puisque M. Chanut a remarqué dans l’Inventaire de M. Descartes que tous les écrits renfermés dans ce registre (a) paraissent avoir été composés en sa jeunesse." (Baillet I, 50-51)

    (a) Coté C de l'Inventaire.

    "Descartes est mort à Stockholm le 11 février 1650 ; trois jours après, le 14, un inventaire fut dressé des papiers qu'il avait emportés en Suède (*). Il en reste deux copies ; l'une, assez fautive appartenait à Constantin Huygens et se trouve à la Bibliothèque de l'Université de Leyde; l'autre, qui est à la Bibliothèque nationale, vient sans doute de la collection Clerselier. Charles Adam a soigneusement édité ce texte au début du tome X des Œuvres.

    Cet inventaire contient vingt-trois articles, A à Z, les lettres I et J ne comptant que pour une, et de même U et V. Les écrits les plus anciens de Descartes se trouvent à l'article C (1).

    Il s'agit d' « un petit registre en parchemin, quotté en dedans de la couverture: Anno 1619 Kalendis Januarii ». Ceci veut dire que Descartes a décidé, le 1er janvier 1619, de se servir de ce registre.

    Ouvrons-le. Il se présente ainsi :

    1° « 18 feuillets de considérations mathématiques sous un titre : Parnassus. »

    2° « six feuillets vides »

    3° « six feuillets écrits »

    4° « En prenant le livre d'un autre sens, le discours intitulé Olympica, et à la marge : XI Novembris coepi intelligere fundamentum inventi mirabilis. »

    5° « Reprenant le livre en son droit sens, sont deux feuillets écrits, de quelques considérations sur les sciences ; »

    6° « puis une demi-page d'algèbre »

    7° « puis douze pages vides »

    8° « puis sept ou huit lignes intitulées Democritica »

    9° « huit ou dix feuillets blancs » (2)

    10° « cinq feuillets et demi écrits, mais en tournant le livre, sous ce titre Experimenta »

    11° « douze feuilles blanches »

    12° « quatre pages écrites sous ce titre : Praeambula. Initium sapientiae timor Domini. »

    « Tout ce livre cotté C, ajoute l'auteur de l'inventaire, paraît avoir été écrit en sa jeunesse. »

    L'examen de ce registre montre deux choses :

    D'abord, la plupart de ces écrits semblent n'être que des commencements destinés à recevoir une suite sur les pages blanches que le jeune homme laisse après chacun d'eux.

    Ensuite, le cahier a été commencé par les deux bouts."

    (1) AT X, p. 7-8.

    (2) Les mots « huit ou dix feuillets » peuvent paraître étranges ; en fait, il y a huit feuillets blancs + le verso de la feuille dont le recto porte les Democritica + le verso du dernier feuillet des Experimenta.

    Henri Gouhier, Les premières pensées de Descartes, Paris, Vrin, 1979 pp. 11-12.

    (*) Sur la date voir la note a l'Inventaire succinct des écrits [Inventaire de Stockholm].

  6. ———. 1619. [Registre de 1619:] Parnassus (Ms. de Leibniz : Cogitationes privatæ).

    Première édition (texte latin et traduction française) : Foucher de Careil I, 2-56; AT X, 213-248; B Op. II, 1060-1095; traduction par Frédéric de Buzon et André Warusfel, O I, 198-214.

    "Je terminerai complètement mon traité avant Pâques, et si je trouve des libraires et s'il me paraît digne, je le publierai comme je l'ai promis aujourd'hui, 1620, 23 février" (AT X, p. 218, original en latin): nous ne savons pas à quel écrit se réfère Descartes.

    "Nous pensons comme Henri Gouhier que la partie physique et mathématique des Cogitationes privatae a de bonnes chances de reproduire le Parnassus, qui s'ouvre avec le souvenir de la rencontre de Beeckman du 10 novembre 1618 (AT X, 219, 5). "

    (CO, p. 67).

    "Le texte de ces dernières notes surtout, tel que l'a donné Foucher de Careil, est des plus défectueux. Et comme le manuscrit manque, pour contrôler ce texte et y faire les corrections nécessaires, grand a été notre embarras. Le regretté Paul Tannery eût sans aucun doute réussi à déchiffrer ces énigmes; mais nous l'avons perdu trop tôt, et avant qu'il eût pris la peine d'y regarder de près. Nous avons dû nous adresser ailleurs. Par bonheur, une des lettres à Beeckman, qui viennent d'être retrouvées, nous fournissait la preuve que Descartes s'était encore servi, en ces premières années, de caractères cossiques (voir ci-avant, p. 155-156)."

    (...)

    "Gustav Enestrom, directeur de la Bibliotheca Mathematica, à Stockholm, possède en pareille matière la plus incontestable autorité. Fort obligeamment, il voulut bien se mettre à l'œuvre, et travailler pour Descartes : comme on pouvait s'y attendre, il remit tout en ordre et expliqua fort bien les passages déclarés ailleurs inexplicables. Nous le désignerons, à la fin des notes qu'il a rédigées pour cette édition, par les initiales de son nom G. E."

    (Charles Adam, AT X, pp. 211-212).

    "Charles Adam avait publié les Cogitationes privatæ respectant la structure du texte donné par Foucher de Careil, certes en l'amendant fortement, mais sans tenter de distinguer entre les différents ensembles de notes pour se rapprocher de la description de l'inventaire de Stockholm. Celui-ci, de même que la lecture de Baillet (Vie, I, p. 50-51), permet cependant de distinguer des centres d'intérêt et autorise le regroupement des notes scientifiques sous le titre qui les désignait. La question de savoir ce qui était précisément contenu dans le Parnassus est cependant indécidable dans son détail, en raison de l'état des sources et parce que l'on doit reconnaître avec Henri Gouhier que « Leibniz n'a [...] pas suivi l'ordre du registre quand on l'ouvre du côté de la couverture datée » (Les Premières Pensées de Descartes, p. 15 : en effet, les premières remarques transcrites par Leibniz ne relèvent pas des mathématiques, même en prenant le terme au sens le plus large, c'est-à-dire associant mathématiques pures et appliquées. L'éditeur doit écarter les textes qui, visiblement, dépendent des autres ensembles du recueil." (Frédéric de Buzon et André Warusfel, Présentation, O I, 194).

  7. ———. 1619. [Registre de 1619:] Praeambula (Ms. de Leibniz : Cogitationes privatæ).

    AT X, 213-248; B Op. II, 1060-1095; traduction par Michelle Beyssade, O I, 198-220 et 270-274.

    "Les papiers de Descartes, remis par Chanut à son beau-frère Clerselier, et qui n'ont pas été retrouvés, ne nous sont pas connus seulement par les extraits qu'en a donnés Baillet, dans sa Vie du philosophe (voir ci-avant, p. 173-177). Le même Baillet prévient le lecteur que, pour l'aider dans sa tâche, l'abbé Nicaise a pris la peine « d'écrire à Rome, d'où M. Auzout, qui a vu M. Descartes à Paris, et M. Leibnitz, qui a eu communication des originaux chez M. Clerselier, ont envoyé ce que la mémoire a pu leur suggérer sur ce sujet ». (Vie de Monsieur Des-Cartes, 1691, Préface, p. xxvi.) Leibniz fut, en effet, à Paris en 1675 et 1676; curieux de tout ce qui se rapportait au philosophe français, non seulement il obtint communication des papiers qui restaient de lui, mais il en fit copier et en copia lui-même au moins une bonne partie. Ses copies, qui portent des dates en plusieurs endroits (24 février et 1er juin 1676), furent déposées après sa mort, avec bien d'autres manuscrits, à la Bibliothèque Royale de Hanovre, et y demeurèrent longtemps ignorées. Ce fut seulement vers le milieu du xix siècle, que le comte Foucher de Careil, mis sur cette piste par l'indication de Baillet rappelée ci-dessus, et par quelques déclarations de Leibniz lui-même dans sa correspondance, réussit à les découvrir enfin. Il les publia aussitôt, avec quelques autres documents (lettres à Wilhem, Huygens, La Thuillerie, etc.), en deux volumes d'Œuvres inédites de Descartes (Paris, Auguste Durand, in-8, cxvii-158 et xxii-238 pages, 1859-1860)." (AT X, Avertissement, p. 207).

    "Cogitationes privatae est le titre que Foncher de Careil met en tête de ces fragments. L'avait-il trouvé dans le MS. de Leibniz, ou bien est-ce un titre de son invention? Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable. — Le même éditeur ajoute en note : « Leibniz, qui a copié ce manuscrit, nous avertit en marge qu'il l'a découvert et qu'il en a pris copie le 1er juin 1676, c'est-à-dire pendant son séjour à Paris. » — Nous reproduisons, en haut des pages, la pagination de Foucher de Careil : comme il donne en regard du latin une traduction française, les pages du latin n'ont que des numéros pairs, et les autres des numéros impairs." (AT X, Avertissement, p. 213).

  8. ———. 1619. [Registre de 1619:] Experimenta.

    AT X, 189-190; Baillet I, 102-103; B Op. II, 892-895; traduction par Michelle Beyssade, O I, 259-260.

    "Le fragment intitulé Experimenta n'avait que « cinq feuillets et demi » (p. 8 ci-avant, l. 6-7). Peut-être donc l'avons-nous aussi tout entier, dans les deux grandes pages de Baillet, t. I, p. 102-103 ; au moins en avons-nous l'essentiel. Et là encore l'abondance et la précision des détails permettent de croire que le biographe de Descartes a traduit fidèlement, bien qu'on ne puisse jurer qu'il n'a rien ajouté. — Quant à la date, elle se détermine approximativement ainsi. Descartes raconte une aventure de sa traversée, par mer, d'Allemagne en Hollande, exactement, du port d'Embden en West -Frise, peut-être à Amsterdam. Nos idées sur cette première période des voyages du philosophe sont un peu changées depuis la découverte du Journal de Beeckman. Nous savons maintenant qu'en 1619, pour se rendre des Pays-Bas dans la Haute-Allemagne, au lieu de prendre par terre directement, il fit un grand détour par le Danemark, la Pologne, la Hongrie, la Bohême et l'Autriche (ci-avant p. 159, l. 2-6, et p. 162, l. 8-13), et s'embarqua le 29 avril à Amsterdam pour Copenhague. Il craignait que les mouvements de troupes entre les Pays-Bas et la Bavière ne rendissent la route peu sûre. Mais elle ne l'était sans doute pas davantage au retour. Faut-il donc croire que Descartes sera revenu, sinon tout à fait par le même chemin, au moins par la Silésie, le Brandebourg, le Mecklembourg, qui est l'itinéraire que Baillet lui fait suivre, enfin Hambourg et Embden ? Enfin, comme nous savons, par une lettre de lui, que, le 3 avril 1622, il était à Rennes (t. I, p. 1), son retour en France a dû s'effectuer l'automne de 1621, et c'est alors sans doute qu'eut lieu l'aventure, dont le récit fait le principal si non l'unique objet des Expérimenta." (AT X, 175-176).

  9. ———. 1619. [Registre de 1619:] Democritica.

    "On sait que Democritica est le titre de « 7 ou 8 lignes » contenues dans le fameux petit registre en parchemin ouvert en 1619 et coté C dans l’inventaire de Chanut (1), contenant également le Parnassus, les Experimenta et les Praeambula. Rien n’est connu de ce texte, en particulier on ignore s’il s'agit de notes de lecture ; Democritica semble signifier, par analogie avec d’autres auteurs, des opinions inspirées de Démocrite (2), et rien chez Beeckman n’indique à l’époque une lecture de la doxographie démocritéenne. Peut-être alors faudrait-il revenir sur la composition du mot et donc sa signification : Demo-critica ?" (p. 41, Frédéreic de Buzon, "Democritica: la réfutation cartésienne de l'atomisme", dans: Jean Salem (éd.), J.Salem (ed.) L'atomisme aux XVIIème et XVIIIème siècles, Paris: Publications de la Sorbonne, 1999, pp. 27-41)

    (1) A.T., X, 8.

    (2) Democritici signifie, chez Leibniz notamment, les auteurs s’inspirant de Démocrite. — Voir en partic., le fragment Corpus non est substantia qui s'applique parfaitement à Descartes (pour la seule première phrase !) : Intelligo autem per corpus non id quod Scholastici ex materia et forma quadam intelligibili componunt sed quod molem alias Democritici vocant. Hoc ajo non esse substantiam. («J'entends par corps non ce que les scolastiques composent à partir de la matière et d'une forme intelligible, mais ce qu'autrement les Democritici nomment masse. Je dis que ce n'est pas une substance»); in Leibniz (G. W. F.), Nouvelles Lettres et opuscules inédits, éd. Foucher de Careil, Paris, 18S7 (réimpression: Hildesheim, 1971), p. 171. —Voir aussi les notes sur Cudworth (VE 406 p. 1887).

    Selon J. Sirven "La seule hypothèse plausible est donc, que l'allusion au songe de 1619 nous donne tout ce que nous connaissons des Democritica, tandis que les autres morceaux d'allure psychologique se rattachent à des préoccupations scientifiques. On s’explique sans peine, alors, que Leibniz ait transcrit d'abord la phrase relative à l’année 1620, qui se trouvait dans les Expérimenta (2), puis nous ait donné une ou deux lignes des Democritica et enfin deux fragments de la section qu'il rencontrait en continuant ses extraits. Mais, quand il passa aux Olympica, il trouva en marge la réflexion signalée par Baillet, « écrite d'une ancre plus récente, mais toujours de la même main de l'auteur ». Se souvenant alors qu'il venait d'écrire une phrase à peu près identique tirée des Experimenta, il se contenta d'ajouter lui-même en marge de sa copie : « Olympica. X. nov. coepi intelligere fundamentum inventi mirabilis (3). »"

    (2) La place de cette réflexion dans les Experimenta coïncide très bien avec l'hypothèse faite par Milhaud sur la nature de la découverte du 11 nov. 1620, dont nous parlerons plus loin.

    (3) Leibniz a transcrit : X Nov., tandis que Baillet donne la date du : XI Nov. Est-ce une faute de Baillet, de Leibniz, ou plus probablement de Foucher de Careil ? Le manuscrit de Leibniz ne se trouvant plus à Hanovre, on ne saurait le dire.

    Les annéues d'apprentissage de Descartes (1596-1628) Albi: Imprimerie cooperative du Sud-Ouest 1928, p. 68.

    Selon cette hypothèse les sept ou huit lignes des Democritica sont identifiées avec le texte de AT X, 216 l. 19-25.

  10. ———. 1619. Olympica (Extraits de Baillet).

    Première édition: Baillet I, 50-61 / 80-86 / 120; AT X, 179-188; B Op. II, 879-891; CO, 99-108; traduction par Michelle Beyssade, O I, 252-259.

    Fernand Hallyn, dans Les Olympiques de Descartes, Genève: Droz, 1995, donne trois textes: I. Le premier récit de Baillet, (I, pp. 80-86), II. Le deuxième récit de Baillet, (Abrégé, pp. 37-39), III. Cogitationes privatae. Pensées pour moi-même, (Foucher de Careil, I, 10-12) : "On ne reprend ici que ceux qui faisaient partie des Olympica selon l'hypothèse d'Henri Gouhier (Les premières pensées de Descartes, Paris, Vrin, 1958 et 1979)." p. 41.

    Ce texte contient le récit de trois songes de Descartes la nuit du 10 au 11 novembre 1619 : "s'étant couche tout rempli de son enthousiasme, et tout occupé de la pensée d'avoir trouvé ce jour-là les fondements de la science admirable". (Baillet I, p. 80).

    "Les « Songes » de Descartes

    Le texte se trouve dans la biographie de Baillet qui le tire des Olympica. Plus exactement, Baillet en donne une traduction paraphrasée avec quelques citations de l'original latin. Il s'agit du morceau qui ouvre le « discours » écrit sous le titre Olympica sur le « petit registre en parchemin ». Les pages qui nous le font connaître laissent supposer un récit bien conduit et rédigé avec un certain souci littéraire, non une suite de notes hâtivement griffonnées.

    Baillet ouvre donc le cahier de Descartes et écrit : « Il nous apprend que le dixième de Novembre mil six cent dix-neuf, s'étant couché tout rempli de son enthousiasme, et tout occupé de la pensée d'avoir trouvé ce jour-là les fondements de la science admirable, il eut trois songes consécutifs en une seule nuit, qu'il s'imagina ne pouvoir être venus que d'en hauts (80). » (Gouhier, op. cit., pp. 32-33).

    (80) Baillet, t. I, p. 81; AT t. X, p. 181. Remarquons que « ce jour là » semble ajouté par Baillet qui traduit le texte latin donné plus haut, p. 32.

    "Les historiens de Descartes parlent comme s'il n'y avait qu'un seul texte sur les rêves de novembre 1619 : le récit des Olympica tel que Baillet nous l'a transmis (86). Or il y en a deux. Ceci résulte de la comparaison entre un fragment lu dans la copie de Leibniz et les passages des Olympica qu'il rappelle.

    Voici le fragment tel que Foucher de Careil l'a présenté (87) :

    Anno 1620, intelligere coepi fundamentum inventi mirabilis.*

    Somnium 1619, nov. in quo carmen 7 cujus initium:

    Quod vitae sectabor iter?...

    Auson

    *[En marge :] Olympica, X nov. coepi intelligere fundamentum inventi mirabilis.

    Ce fragment ne vient pas des Olympica.

    1° La première ligne avec sa note rappelle évidemment le début des Olympica :

    X novembris 1619, cum plenus forem enthousiasmo, et mirabilis scientiae fundamenta reperirem (88)... Baillet nous dit qu'en marge, « d'une encre plus récente, mais toujours de la même main de l'Auteur », on lisait: XI Novembris 1620, coepi intelligere fundamentum inventi mirabilis (89).

    La première ligne du fragment n'est pas exactement semblable à celle que Baillet a lue dans la marge des Olympica et qu'il déclare être de la main de Descartes. C'est même pourquoi quelqu'un a transcrit en face la phrase lue dans les Olympica, substituant involontairement X à XI: est-ce Descartes? ne serait-ce pas plutôt Leibniz? Peu importe : que ce soit l'un ou l'autre, le fragment est tiré d'une page du petit registre qui n'est pas celle où commence le récit des songes.

    2° La seconde ligne rappelle l'épisode final du troisième songe : là aussi le rêveur lit le vers d'Ausone. Mais, dans notre fragment, il s'agit d'une simple note sans verbe : « Songe, nov. 1619, là, poème 7 qui commence : Quel chemin de la vie suivrai-je ? Auson. » Ces lignes n'ont pu être découpées dans le récit visiblement rédigé que suit Baillet, même en tenant compte des enjolivements.

    Le vers du poète latin, d'ailleurs, n'apparaît lié à une date dans aucun des trois passages où le traducteur le cite ; la première fois, le rêveur « tombe » sur lui en ouvrant au hasard un corpus poetarum, la seconde, il essaie vainement de le retrouver dans le même recueil; la troisième, il y reconnaît un « bon conseil » (90). On ne voit vraiment pas comment l'un de ces morceaux pourrait bien être le contexte du fragment.

    Le fragment ne vient pas des Olympica. D'où vient-il ?

    La série B du registre est faite de trois groupes de textes sous les rubriques : Praeambula, Experimenta, Olympica. Ces lignes se trouvent sur la copie avant le premier fragment incontestablement extrait des Olympica, mais séparées de celui-ci par deux autres « pensées ». Si, comme c'est vraisemblable, Leibniz suit l'ordre du registre, cette situation porte à croire qu'elles viennent des Experimenta.

    (...)

    Ce fragment serait-il donc une note sur un cas d'experimentum ?

    Il y a tout lieu de croire que ces deux courts alinéas constituaient un tout sur le petit registre comme sur la copie de Leibniz telle que nous la connaissons par Foucher de Careil. Il s'agit donc d'une note qui rapproche deux faits et c'est le rapprochement de ces deux faits qui est l'objet même de la note.

    (...)

    La note sur le rêve des Experimenta n'est pas un morceau de fable : elle rappelle deux faits et l'un de ces faits est un songe de la nuit du 10 au 11 novembre 1619.

    Tout n'est donc pas fictif dans le récit des Olympica.

    A la fin du troisième rêve, selon le récit, Descartes se réveille en train d'interpréter le vers : Quod vitae sectabor iter? Souvenir immédiat qui effleure la conscience et dont elle part pour rappeler ce qui le précède, c'est, dans le rêve reconstruit, le morceau le plus pur du rêve rêvé. Or, d'après la note des Experimenta, c'est là aussi le souvenir d'un rêve réellement rêvé dans la nuit du 10 au 11 novembre 1619.

    Tout le reste du récit serait-il une fable, cela n'empêcherait pas qu'un fragment de vrai rêve ne se trouve au centre, à l'instant où, en droit, tout aboutit et d'où, en fait, tout part dans le déroulement des pseudo-rêves." (Gouhier, op. cit., pp. 40-41).

    (86) Sauf Sirven, Les Années d'apprentissage de Descartes (1596-1628), Paris, Vrin, 1928 p. 65 sq.; mais sa restitution du petit registre est tout à fait différente de celle qui a été proposée ici, de sorte que nos interprétations sont divergentes.

    (87) Cogitationes privatae, AT t. X, p. 216 ; Foucher de Careil, t. I, p. 8.

    (88) Baillet, t. 1, p. 50 (AT t. X, p. 179) et p. 81 (AT t. X, p. 181).

    (89) Ibidem, t. I, p. 51 (AT t. X, p. 179) ; sur ce texte, voir plus loin, ch. IV, p. 74.

    (90) Baillet, t. I, p. 83 et 84 (AT t. X, p. 184).

  11. ———. 1619 (automne) - 1623 (printemps). Studium Bonae Mentis (Extraits de Baillet).

    Première édition: Baillet II 406; Baillet I 26 / 34 / 87-91 / 109-110; II 66 / 477 / 479 / 486-487 / 531 / 545; AT X, 191-204; B Op. II, 897-915; traduction par Michelle Beyssade, O I, 260-268; CO, 127-140 (l'édition la plus complète).

    "Un autre ouvrage latin que M. Descartes avait poussé loin, et dont il nous reste un ample fragment est celui de l'Étude du bon sens, ou de l'Art de bien comprendre, qu’il avait intitulé Studium bonae Mentis. Ce sont des considérations sur le désir que nous avons de savoir, sur les sciences, sur les dispositions de l’esprit pour apprendre, sur l’ordre qu’on doit garder pour acquérir la sagesse, c’est-à-dire la science avec la vertu, en joignant les fonctions de la volonté avec celles de l'entendement. Son dessein était de frayer un chemin tout nouveau ; mais il prétendait ne travailler que pour lui-même, et pour l’ami à qui il adressait son traité sous le nom de Museus, que les uns ont pris pour le sieur Is. Beeckman principal du collège de Dordrecht, d’autres pour M. Mydorge ou pour le P. Mersenne."

    Baillet VII, chapitre 20, p. 406.

    "On peut interpréter d'abord ce terme au sens général d'entreprise, ou d'œuvre, et non au sens d'un ouvrage littéraire ou philosophique particulier. Mais il semble bien que Descartes ait conçu dès ce moment le projet de consigner le fruit de ses réflexions dans un livre et de le publier. En tout cas, il s'est promis à lui-même, quelques mois plus tard, d'achever un livre avant Pâques 1620 et de l'éditer : « Omnino autem ante Pascha absolvam tractatum meum, et si librariorum mihi sit copia dignusque videatur, emittam, ut hodie promisi, 1620, die 23 Febr. » (*) Cogit. privatae, t. X, p. 218, 1. 3-5.

    On ignore ce que peut avoir été ce traité, mais rien ne s'opposerait à ce que ce fût le Studium bonae mentis (t. X, p. 191-203), dont ce que nous savons correspond exactement aux préoccupations méthodologiques et morales de Descartes à cette époque : Ce sont des considérations sur le désir que nous avons de savoir, sur les sciences, sur les dispositions de l'esprit pour apprendre, sur l'ordre qu'on doit garder pour acquérir la sagesse, c'est-à-dire la science avec la vertu, en joignant les fonctions de la volonté avec celles de l'entendement. Son dessein était de frayer un chemin tout nouveau ; mais il prétendait ne travailler que pour lui-même et pour l'ami à qui il adressait son traité sous le nom de Museus, que les uns ont pris pour le sieur J. Beeckman, principal du collège de Dordrecht, d'autres pour M. Mydorge ou pour le P. Mersenne (A. Baillet, t. II, p. 406 ; AT X, p. 191). Ces identifications de personnages sont purement conjecturales et il n'y a pas à en tenir compte, d'autant moins que Museus pourrait fort bien n'avoir été qu'un interlocuteur imaginaire ; mais tout le reste s'accorde avec l'élaboration de la méthode et de la morale provisoire que Descartes situe entre novembre 1619 et mars ou avril 1620."

    Gilson, Discours de la méthode. Texte et Commentaire, Paris: Vrin, 1925 (deuxième édition revue 1926), p. 181 (note a AT VI, p. 17, l. 8 ".. l'ouvrage..." [O III, 92]).

    (*) J'ajoute la traduction et les notes de Fernand Hallyn : "D'autre part, je terminerai complètement mon traité avant Pâques, et si j'ai matière à livres (1) et si le traité en paraît digne, je le publierai, comme je l'ai promis aujourd'hui, le 23 septembre (2) 1620".

    (1) Leçon de Foucher de Careil (« librorum »). AT corrige en « librariorum » en se fondant sur la version de Baillet (« libraires »). Gouhier, La pensée religieuse de Descartes, Paris: Vrin 1979, p. 105 (première édition 1924) traduit par « copistes ». Aucune des traductions proposées jusqu'à présent (« livres », au sens courant, pour « librorum », « libraires » ou « copistes » pour « librariorum ») n'est vraiment satisfaisante dans le contexte. Je propose de maintenir « librorum », mais de comprendre le mot au sens de « parties d'un ouvrage », les « livres » dont devrait se composer le traité projeté.

    (2) « Février » chez Baillet. Cf. l'introduction (p. 25), où est adoptée la leçon de Baillet mais aussi, ici-même, la contribution de G. Rodis-Lewis, qui maintient « septembre ».

    "« La vraie philosophie dépend de l'entendement. » Le Studium ne institue pas seulement, comme Étienne Gilson l'avait remarqué, un petit traité De la philosophie; il est le premier traité de philosophie de Descartes, ouvrant la voie au traité de « vraie philosophie » que seront les Regulae ad directionem ingenii. Libérant ce champ inédit pour Descartes est la philosophie, le Studium bonae mentis s'avère donc être un texte décisif, en dépit de son inachèvement et de son démembrement — décisif dans son échec même. C'est pourquoi il constitue la pierre de touche la présente édition. C'est un texte difficile aussi, puisque seules les Regulae délivrent pleinement le sens de cet échec : à ce titre, le Studium et les Regulae constituent véritablement un tout indissociable. En charge de li présenter et de l'exploiter tant qu'il restait inédit, Baillet aura baissé les bras, alors même que l'intelligence du Studium lui eût ouvert de tout autres perspectives sur le jeune Descartes. Nous osons espérer que les propositions avancées ici pour en restituer le projet parviendront à esquisser la figure d'un Descartes devenant philosophe.

    Observons cependant d'emblée que l'ordre et les objets des considérations qui suivent sont encore manifestement d'origine aristotélicienne. Descartes commence en philosophie en répétant à sa manière le livre A de la Métaphysique, c'est-à-dire en faisant un De philosophia — ce qu'Étienne Gilson avait vu, moyennant un rapprochement avec la Lettre-préface aux Principes (AT IX-2, 2-8 et 4, 23): Baillet «aurait dû traduire [Studium Bonae mentis] par: Étude de la sagesse, ou même, plus simplement, De la philosophie » Commentaire, p. 82, selon AT IX-2, 3 qui reprend en français l'Epistola dedicatoria des Principia, AT VIII-1, 4, 24, studium sapientiae), suivi à juste titre par Jacques Sirven : «Il y avait là [sc. dans les considérations sur le désir que nous avons de savoir du Studium] comme un ressouvenir du premier livre des Métaphysiques d'Aristote » (Les Années d'apprentissage de Descartes (1596-1628), Albi: 1928 p. 293). Il ne sera donc pas étonnant que peu après Descartes écrive sa propre Peri tès alètheias theoria, De veritate quidem theoria (Aristotle, Métaphysique α 1993 a 30), protreptique qui deviendra recherche de la vérité, veritatis inquisitio. Dans la mesure où la Lettre-préface obéit à une terminologie scolaire, conformément au genre du manuel, on peut considérer qu'elle reprend le projet du Studium comme commencement de la philosophie — à quelque vingt-cinq ans de distance, ces deux textes se répondent silencieusement : c'est pourquoi le livre A y est présent, quoique différemment." Vincent Carraud, note 2 à l'Étude du bon sens, dans CO, p. 141.

    Dans une lettre à Beeckman du 26 mars 1619 Descartes expose son projet :

    "Je suis arrivé ici [à Bréda] il y a six jours, et je me suis remis au culte des Muses avec plus de zèle que jamais. J'ai établi en ce court laps de temps, à l'aide de mes compas (2), quatre démonstrations remarquables et tout à fait neuves.

    (...)

    C'est autre chose que je cherche maintenant pour l'extraction des racines d'une somme (de plusieurs quantités incommensurables entre elles); si j'y parviens, comme je l'espère, je mettrai bien en ordre toute cette science, à condition de vaincre mon indolence et si le destin m'en donne le loisir.

    Pour ne rien vous cacher de ce que j'entreprends, je voudrais donner au public non pas un Ars brevis comme Lulle (7), mais une science toute nouvelle (8), par laquelle on puisse résoudre tous les problèmes possibles, en n'importe quel genre de quantité, continue or discontinue."

    (...)

    C'est une entreprise infinie, et qui dépasse un seul homme, projet incroyablement ambitieux mais j'entrevois un je-ne-sais-quoi de lumineux dans l’obscur chaos de cette science et je pense pouvoir par ce moyen dissiper les ténèbres les plus épaisses."

    (AT X, 156-158, O VII, 2, 321-322; B 2).

    (2) Les compas sont ceux que Descartes décrira dans la Géométrie II et III (AT VI 391 et 443 [O III, 430 et 471]).

    (7) R. Lull, Artificium sive Ars brevis ad absolvendam omnium artium encyclopœdiam, ou encore Ars brevis, quae est imago Artis generalis, écrit en 1308, imprimé à Barcelone, 1481, souvent réimprimé ensuite (voir sa mention dans Beeckman = AT X 63-65).

    (8) Note en marge : « méthode générale [ars generalis] pour résoudre toutes les questions » (Beeckman IV 59, n. 7).

  12. ———. 1619-20 ou 1623?-1625 - hiver 1627-28. Regulae ad directionem ingenii.

    Rédaction initiée en Allemande en 1619-1620 où à Paris en 1623, interrompue et reprise en France en 1626-1628 et jamais complétée.

    AT X 359-469; B Op. II, 684-815; traduction et notes par Jean-Marie Beyssade et Michelle Beyssade, avec la collaboration de Frédéric Buzon et Denis Kambouchner, O I, 324-497.

    Une copie (non autographe) du texte latin avec les seize premières Règles (*), a étée découverte à la Cambridge University Library en 2011 par Richard Serjeantson, qui en prépare une édition.

    (*) manque la deuxième partie de la Règle IV [sur la mathesis universalis].

    Je donne en parenthèse les abréviations communément utilisées pour les manuscrits et les éditions anciennes.

    (N) = Première publication : Jan Hendrik Glazemaker (1620-1682) traduit le manuscrit latin en néerlandais vers le 1680 ; la traduction fut publiée à Amsterdam en 1684, avec le titre R. Des Cartes Regulen van de bestieringe des verstants.

    (A) = La première édition du texte latin fut publiée en 1701 in R. Des-Cartes Opuscula posthuma, physica et mathematica, Amsterdam : P. & J. Blaeu ; l'édition Adam-Tannery ne tient pas compte de la traduction néerlandaise.

    (O) = Le manuscrit original est perdu.

    (H) = Nous avons une copie de l'original (manuscrit de Hanovre : première édition par Charles Adam, "Ren. Cartesii Regulae de inquirenda veritate", Revue Bourguignonne de l'Enseignement Supérieur, 11, 1901, pp. 1-89) fait en 1678 et acheté par Leibniz.

    (L) = Cette copie contient de nombreuses erreurs et Leibniz l'a corrigée.

    (R) = Une autre copie faite vers 1680 et qui appartenait à Johannes de Raey (1622-1701), probablement utilisée pour les premières éditions, est aujourd'hui perdue.

    Éditions critiques des Regulae:

    Regulae ad directionem ingenii, Texte critique établi par Giovanni Crapulli avec la version hollandaise du XVIIème siècle, La Haye: Martinus Nijhoff, 1966.

    Regulae ad directionem ingenii, Kritisch revidiert und herausgegeben von Heinrich Springmeyer, Lüder Gäbe und Hans Günter Zekl, Hamburg: Meiner, 1973.

    Regulae ad directionem ingenii. Cogitationes privatae, Übersetzt und herausgegeben von Christian Wohlers, Hamburg Felix Meiner, 2011.

    Traductions:

    Règles pour la direction de l'esprit, Traduction et notes par Joseph Sirven, Paris: Vrin, 1945.

    Règles pour la direction de l'esprit, Traduction et notes par Jacques Brunschwig. Préface, dossier et glossaire par Kim Sang Ong-Van-Cung, Paris: Le Livre de Poche, 2002 (première édition de la traduction dans F. Alquié (éd.), René Descartes, Œuvres philosophiques, Paris: Garnier, I, 1963, pp. 67-204).

    Règles utiles et claires pour la direction de l'esprit en la recherche de la vérité, Traduction selon le lexique cartésien, et annotation conceptuelle par Jean-Luc Marion. Avec des notes mathématiques de Pierre Costabel, La Haye: Martinus Nijhoff, 1977.

    La première mention se trouve dans l'Inventaire de Stockholm des écrits de Descartes à la lettre F: "Neuf cahiers reliés ensemble, contentant partie d'un traité des règles utiles et claires pour la direction de l'Esprit en la recherche de la Vérité". (AT X, p. 9).

    "En plusieurs endroits de sa Vie de Monsieur Des-Cartes (1691), Baillet donne une traduction française de passages des Regulae. Le texte latin qu'il avait sous les yeux n'était pas celui que nous avons publié, et qui se trouvait en Hollande et ne fut imprimé qu'en 1701, mais le texte original, qui venait de Clerselier, et qui a disparu depuis lors. La traduction de Baillet n'en est que plus précieuse, puisqu'elle atteste à la fois l'existence de ce texte primitif et sa conformité avec la copie qui nous en a été conservée.

    « ...M. Clerselier... s'est trouvé le possesseur unique de tout ce que M. Descartes avait jamais écrit, tant de ce qui était fini que de ce qui n'était que commencé. Mais, après une recherche exacte qui s'est faite de cette Logique prétendue parmi ses papiers, il ne s'est rien trouvé... qui puisse passer pour Logique, si l'on en excepte ses Règles pour la direction de l'esprit dans la recherche de la vérité (en marge: C'est un manuscrit latin, non achevé, qui est entre nos mains), qui peuvent servir de modèle pour une excellente Logique, et qui font sans doute une portion considérable de sa Méthode, dont ce que nous avons d'imprimé à la tête de ses Essais, ne fait qu'une petite partie. »

    (Baillet I, p. 282.)

    « Parmi ceux (les ouvrages de M. Descartes) que les soins de M. Chanut ont fait échoir à M. Clerselier, il n'y en a point de plus considérable ni peut-être de plus achevé, que le traité latin qui contient des Règles pour conduire nôtre esprit dans la recherche de la vérité. C'est celui des manuscrits de M. Descartes, à l'impression desquels il semble que le Public ait le plus d'intérêt. On est déjà prévenu sur sa valeur et son prix par la lecture que M. Clerselier en a communiquée à quelques curieux, et par le témoignage que le célèbre Auteur de l'Art de penser (en marge : Part. 4, chap. 2) a rendu du bon usage qu'on en peut faire. »

    (AT X, 477).

    Clerselier a montré le manuscrit aux auteurs de la Logique de Port Royal qui l'ont utilisé pour la deuxième édition : "La Logique de Port-Royal contient un long passage, qui correspond à une partie des Règles XIII et XIV. Comme nous l'avons expliqué dans l'Avertissement (p. 351-2), ce passage a pour nous la valeur d'un témoin : il atteste l'existence d'un texte original, que nous n'avons plus, mais que Clerselier avait encore et qu'il a communiqué à Arnauld pour le traduire. On chercherait d'ailleurs en vain cette traduction dans la première édition : La Logique ou L'Art de penser contenant, outres les règles communes, plusieurs observations nouvelles propres à former le jugement. (A Paris, chez Jean de Launay, sous le Porche des Escoles de Sorbonne, M,DC.LXII. In-12, pp. 473, plus 5 p. Extrait du Privilège, 1er Avril 1662: Permis au sieur Le Bon... Achevé d'imprimer, 6 juillet 1662.) Le passage qui nous intéresse n'apparaît que dans la seconde édition : La Logique ou L'Art de penser: contenant etc. (comme précédemment). Seconde édition, revue et augmentée. (A Paris, chez Charles Savreux, au pied de la Tour de Nostre Dame, à l'enseigne des Trois Vertus, M.DC.LXIV.) C'est aussi un in-12; le passage en question s'y trouve, p. 391-397, avec cette note: « La plus grande partie de ce que l'on dit ici des questions, a été tirée d'un manuscrit de M. Descartes, que M. Clerselier a eu la bonté de prester. » Cette note et le passage visé se retrouvent dans toutes les éditions postérieures de la Logique de Port-Royal, à partir de la deuxième, Partie IV, chapitre II." (AT X 470).

    Voir l'édition critique : Antoine Arnauld et Pierre Nicole, La logique ou l’art de penser (dite Logique de Port-Royal), édité par Dominique Descotes, Paris: Champion, 2011.

    "Le passage suivant du P. Poisson atteste aussi l'existence d'un texte des Regulae, autre que celui que nous avons donné ; et cet autre texte était l'original, tandis que le nôtre n'est qu'une copie.

    Observation sur la troisième règle de la Méthode de Descartes : Conduire par ordre mes pensées, etc. (Tome VI de la présente édition, p. 18, l.27) :

    «... j'ay rencontré dans un Manuscrit, qu'il avait commencé dés les premières années qu'il s'appliqua sérieusement à l'étude, que pour venir à bout de toutes les difficultés qu'on propose, il faut:

    1, les connaître distinctement chacune en particulier ;

    2, les dépouiller de tout ce qui ne leur est point essentiel dans le sens auquel on les considère ;

    3, les réduire et les diviser en petites parties ;

    4, examiner avec attention chacune de ces parties, commençant par les plus simples ;

    5, il faut rapporter toutes ces parties, en les comparant les unes aux autres.

    Voilà à quoi aboutit toute la finesse des méthodes qu'on a trouvées et qu'on trouvera jamais. Elle est également nécessaire dans la Physique et dans la Géométrie. L'article de ces règles le plus difficile à mettre en pratique, c'est ce dernier : tant parce qu'on ne connait pas assez les termes qu'on doit comparer, qu'à cause qu'on a besoin d'un Moyen, qu'on appelle Medium dans l'École, qui n'est pas aisé à trouver. »

    (Commentaire ou Remarques sur la Méthode de René Descartes, par L. P. N. I. P. P. D. L., à Vendôme, M.DC.LXX. Partie II, 6e observation, p. 76.)

    (AT X, 476).

    En 1676 Leibniz rencontrait Clerselier : "J'ai été aujourd'hui avec Mons. de Tschirnhaus, pour lui donner la connaissance de Mons. Clerselier, et pour lui faire voir les relies de Mons. des Cartes.

    Il nous montra un discours de Mons. des Cartes de la recherche de la vérité; il y avait environ 22 règles expliquées e illustrées. En Latin." (AT X, 208).

    Leibniz et Ehrenfried Tschirnhaus (1651-1708) transcrivirent tous les deux des manuscrits : "en particulier Tschirnhaus qui entre 1676 et 1682 en fit parvenir des copies en Hollande à des amis qui appartenaient au cercle spinoziste, et à Hanovre à Leibniz qui avait quitté Paris en novembre 1676. Durant cette période, le projet d'une édition des mss. à dû mûrir chez les deux amis sous l'impulsion ou du moins avec les encouragements de Clerselier. Nous suivons la trace de ce projet, qui en définitive n'aboutit pas, d'abord à Paris, puis à Amsterdam. Ce dont nous sommes en tout cas certains c'est que Leibniz s'est trouvé dès novembre 1676 en possession d'une copie des Regulae et que Tschirnhaus dès 1678 montre qu'il a pris connaissance directement du texte.

    (...)

    A partir des premières années du XVIIIe siècle nous ne possédons plus de renseignements au sujet des mss. cartésiens, passés des mains de Legrand à celles de Marmion, professeur de philosophie au Collège des Grassins, et nous perdons par conséquent la trace du ms. original des Regulae." (Giovanni Crapulli, Introduction à l'édition critique, René Descartes, Regulae ad directionem ingenii, La Haye: Martinus Nijhoff, 1966, p. XIII)

  13. ———. 1619-20. De Solidorum Elementis (Ms. de Leibniz).

    Le texte originel de Descartes "Environ seize feuillets in octavo sous ce titre : Progymnasmata de solidorum elementis" (Inventaire succinct des écrits, lettre M, AT X 10), est perdu, mais nous possédons la copie faite par Leibniz à Paris en 1672-1676 et publiée pour la première fois par Foucher de Careil, vol. II, pp. 214-226.

    AT X 265-276; Additions in AT XI 690-692; nouvelle édition par Pierre Costabel dans la Nouvelle présentation de AT (1966) X 276 et 687-689; B Op. II, 1224-1237; traduction par André Warusfel, O I, 221-231.

    Nouvelle édition avec traduction en anglais par Pasquale Joseph Federico, Descartes on Polyhedra. A Study of the De Solidorum elementis, New York, Springer, 1982.

    Édition critique, avec introduction, traduction, notes et commentaires par Pierre Costabel, René Descartes. Exercices pour les éléments des solides. Essai en complément d'Euclide. Progymnasmata de solidorum elementis, Paris, Presses Universitaires de France, 1987.

    "Le présent ouvrage est le résultat d'une longue histoire.

    Le manuscrit mathématique de Descartes qui est ici l'objet d'une restitution a eu un sort tourmenté. Conservé dans les papiers de l'auteur pendant plus d'un demi-siècle, il a disparu peu de temps après avoir eu la chance d'être lu par Leibniz à Paris. Mais la transcription effectuée par ce lecteur exceptionnel a connu le silence des pièces d'archives jusqu'au milieu du XIXe siècle, et elle n'est sortie de l'ombre que pour tomber entre les mains de lecteurs plus avertis de la mathématique de leur temps que des précautions à prendre avec des textes anciens. Elle a ainsi davantage retenu l'attention par les suggestions qu'elle paraissait fournir à un moment de l'évolution de la pensée mathématique, moment caractérisé par la prise de conscience de l'importance de l'analyse de la situation (Analysis situs), et si elle a joué un rôle dans les réflexions consécutives, elle n'a pas tardé, au début du siècle actuel, à être objet de graves réserves, réserves dont la pointe acérée n'a cessé de se préciser. Manque de rigueur, absence de point de vue authentiquement topologique, les raisons de renvoyer ce texte au silence sont aujourd'hui pressantes aux yeux de quelques-uns.

    L 'effort de restitution du texte lui-même, qui a été entrepris vers 1894 et réalisé en 1908 avec le tome X de la grande édition des Œuvres de Descartes par Charles Adam et Paul Tannery, est donc survenu dans une ambiance peu favorable à sa consistance propre et à sa réception. Affaire d'érudition cartésienne il est apparu dès le début, et il l'est resté jusqu'à la récente mise à tour de l'édition susdite en 1966.

    Principal acteur de cette mise à jour, dans les limites de notes correctrices à apporter à la première édition, le présent éditeur savait dès cette époque qu'il y avait lieu de procéder à une prise en charge réellement convenable et il en a fixé les traits à l'occasion de divers articles tout en préparant l'édition nouvelle, séparée, délivrée des conditions restrictives imposées par l'insertion dans des Œuvres complètes monumentales. Il y a près de dix ans que cette édition était prête, mais publier était une autre affaire que d'établir la matière de la publication. Il fallut trouver un éditeur au sens ordinaire et français du terme." (Pierre Costabel, René Descartes. Exercices pour les éléments des solides, Avertissement, pp. V-VI).

  14. ———. 1628. Censura quarundam epistolarum Domini Balzacii.

    AT I, 7-11; CO, 194-202, traduction du XVIIe siècle, pp. 195-203; B 14; traduction par Michelle Beyssade et Denis Kambouchner, O I, 285-289; O VIII 2 345-349 (traduction du XVIIe siècle).

    Première édition : Claude Clerselier (éd.), Lettres de mr. Descartes, Paris, Charles Angot, vol. I, 1657, lettre C (février-mars 1628), pp. 462-471.

    1628 est la datation proposée par Clerselier; Balzac en remercia Descartes le 30 mars 1628.

    Pour les Lettres de Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654), Paris, 1624 (réédition : Les premières lettres de Guez de Balzac, voir l'édition critique précédée d'une introduction par H. Bibas et K.-T. Butler, Paris: Droz 1933-34, 2 volumes).

    La Censura (ou Jugement de quelques Lettres de Balzac) de Descartes est aussi publiée dans Guez de Balzac, Socrate chrétien [1652], édition critique de Jean Jehasse, Paris: Champion, 2008, avec une nouvelle traduction, pp. 243-249.

  15. ———. 1628. [De la Divinité].

    CO pp. 214-216; ce texte n'a pas été retrouvé.

    "Ce fut durant cet été [1628] qu'il voulut écrire De la Divinité, voyez ci-après au livre III, chap. Ier." (Baillet I, 153, en marge).

    "C'était la chaleur du climat de son pays qu'il ne trouvait point favorable à son tempérament par rapport à la liberté de son esprit, dont la jouissance ne pouvait être quelque trouble, lorsqu'il était question de concevoir des vérités, où l'imagination ne devait point se mêler. Il s'était aperçu que l'air de Paris était mêlé pour lui d'une apparence de poison très subtil et très dangereux ; qu'il le disposait insensiblement à la vanité; et qu'il ne lui faisait produire que des chimères. C'est ce qu'il avait particulièrement éprouvé au mois de juin de l'année 1628, lorsque, s'étant retiré de chez M. Le Vasseur pour étudier loin des compagnies, il entreprit de composer quelque chose sur la divinité. Son travail ne put lui réussir faute d'avoir eu les sens assez rassis ; outre n'était peut-être pas d'ailleurs assez purifié ni assez exercé pour pouvoir traiter un sujet si sublime avec solidité." (Baillet I, 171).

  16. ———. 1628? [De deo Socratis].

    CO, pp. 173-179; ce texte n'a pas été retrouvé.

    « L'on nous parle encore d'un autre traité de M. Descartes, intitulé De Deo Socratis, où il examinait ce que pouvait être cet esprit familier de Socrate, qui fait le sujet de l'entretien des curieux depuis tant de siècles. Mais il parait que c'était un bien déjà aliéné, lorsque son Auteur fit le voyage de Suède. Aussi ne se trouva-t-il point parmi les autres dans l'Inventaire que l'on fit de ses écrits après sa mort. Comme il est tombé en d'autres mains que celles de M. Clerselier, nous ne pourrons contribuer à sa publication que par des prières, pour porter ceux qui en sont devenus les maîtres à lui procurer le jour. Voici par avance ce que M. Descartes pensait de cet esprit familier de Socrate, et ce qu'il en mandait à la princesse Palatine sa disciple : « Et ce qu'on nomme communément le génie de Socrate, n'a sans doute été autre chose, sinon qu'il avait accoutumé de suivre ses inclinations intérieures, et qu'il croyait que l'événement de ce qu'il entreprenait serait heureux, lorsqu'il avait quelque secret sentiment de gaieté, et au contraire qu'il serait malheureux lorsqu'il était triste. Il faut avouer néanmoins qu'il y aurait de la superstition à s'attacher à cette opinion autant qu'on dit qu'il y était attaché. Car Platon rapporte de lui qu'il demeurait même au logis toutes les que son génie ne lui conseillait pas d'en sortir. Mais touchant les actions importantes de la vie, lorsqu'elles se trouvent si douteuses que la prudence ne peut enseigner ce qu'on doit faire, il me semble qu'on a grande raison de suivre les conseils de son génie; et qu'il est utile d'avoir une forte persuasion que les choses que nous entreprenons sans répugnance et avec la liberté qui accompagne d'ordinaire la joie ne manqueront pas de nous bien réussir. » (Baillet II, 408: lettre à Elisabeth du novembre 1646, AT IV, 530; O VIII 2, 270; B 578).

  17. ———. 1628 (automne) - 1629 (été). [Traité de métaphysique].

    CO, 217-227; ce traité en latin, aujourd'hui perdu, (son premier projet de métaphysique) est mentionné par Descartes dans :

    a) la lettre à Gibieuf du 18 juillet 1629: "Je me réserve à vous importuner lorsque j'aurai achevé un petit traité que je commence (5), duquel je ne vous aurais rien mandé qu'il ne fût fait, si je n'avais peur que la longueur du temps vous fît oublier la promesse que vous m'avez faite de le corriger et y ajouter la dernière main ; car je n'espère pas en venir à bout de deux ou trois ans, et peut-être après cela me résoudrai-je de le brûler, ou du moins il n'échappera pas d'entre mes mains et celles de mes amis sans être bien considéré ; car si je ne suis assez habile pour faire quelque chose de bon, je tâcherai au moins d'être assez sage pour ne pas publier mes imperfections." (AT I 17; O VIII 2, 790-791; B 17);

    (5) Les commentateurs rapprochent ce « petit traité » du « petit Traité de Métaphysique, lequel j'ai commencé étant en Frise, et dont les principaux points sont de prouver l'existence de Dieu, et celle de nos âmes, lorsqu'elles sont séparées du corps, d'où suit leur immortalité », Descartes écrit à Mersenne, 25 novembre 1630 (AT I 182, [O VIII 1, 85] B 36); voir aussi à Mersenne, 15 avril 1630 (AT I 136, [O VIII 1, 67] B 30).

    les lettres à Mersenne du:

    b) 15 avril 1630: "Pour votre question de Théologie, encore qu'elle passe la capacité de mon esprit, elle ne me semble pas toutefois hors de ma profession, parce qu'elle ne touche point à ce qui dépend de la révélation, ce que je nomme proprement Théologie; mais elle est plutôt métaphysique (*) et se doit examiner par la raison humaine. Or j'estime que tous ceux à qui Dieu a donné l'usage de cette raison, sont obligés à le connaître, et à se connaître eux-mêmes. C'est par là que j'ai tâché de commencer mes études ; et je vous dirai que je n'eusse su trouver les fondements de la physique, si je ne les eusse cherchés par cette voie. Mais c'est la matière que j'ai le plus étudiée de toutes, et en laquelle, grâce à Dieu, je me suis aucunement satisfait ; au moins pensé-je avoir trouvé comment on peut démontrer les vérités métaphysiques, d'une façon qui est plus évidente que les démonstrations de géométrie ; je dis ceci selon mon jugement, car je ne sais pas si je le pourrai persuader aux autres. Les 9 premiers mois que j'ai été en ce pays, je n'ai travaillé à autre chose, et je crois que vous m'aviez déjà ouï parler auparavant que j'avais fait dessein d'en mettre quelque chose par écrit ; mais je ne juge pas à propos de le faire, que n'aie vu premièrement comment la physique sera reçue. (**)" (AT I 143-144; O VIII 1, 72; B 30);

    (*) [Première occurrence du terme métaphysique dans les écrits de Descartes]

    (**) [Descartes se réfère ici au Monde, qui ne sera pas publié en raison de la condamnation de Galilée en 1633]

    c) 25 novembre 1630 : "J'éprouverai en la Dioptrique si je suis capable d'expliquer mes conceptions, et de persuader aux autres une vérité, après que je me la suis persuadée: ce que je ne pense nullement. Mais si je trouvais expérience que cela fût, je ne dis pas que quelque jour je n'achevasse un petit traité de métaphysique, lequel j'ai commencé étant en Frise, et dont les principaux points sont de prouver l'existence de Dieu, et celle de nos âmes, lorsqu'elles sont séparées du corps, d'où suit leur immortalité." (AT I 182; O VIII 1, 85: B 36);

    d) Mersenne, vers le 20 avril 1637: "Il y a environ huit ans que j'ai écrit en latin un commencement de Métaphysique (4) (...) et si l'on fait une version latine de ce livre (5), comme on s'y prépare, je l'y pourrai faire mettre." (AT I 350; O VIII 1, 139; B 104).

    (4) En 1629 (à Gibieuf, 18 juillet 1629, AT I 17 1. 7, [O VIII 2, 790] B 17; à Mersenne, (15 avril 1630, AT I 144 l. 19, [O VIII 1, 72] B 30).

    (5) La traduction latine du Discours et des Essais (sauf la Géométrie), œuvre d’Étienne de Courcelles, n’apparut qu’en 1644. CM suggère qu'un projet a pu se constituer dès 1637 avec le jeune Van Schooten, qui publia en 1649 une traduction latine de la Géométrie.

  18. Beeckman, Isaac. 1628-29. Extraits du Journal tenu par Isaac Beeckman.

    AT X, 331-348; treize extraits mathématiques en latin de 1628-1629; B Op. II, 1352-1379; traduction française par Frédéric de Buzon, O I, Notes de (1628-1699), 107-120.

    I. Historia Des Cartes ejusque mecum necessitudo. — Docti cur pauci 331 ; II. Algebrae Des Cartes specimen quoddam 333 ; III. Angulus refractionis à Des Cartes exploratus 335 ; IV. Chordarum musicarum crassitiei ratio 337 ; V. Solis radijs comburere remotissima 338 ; VI. Ellipsis in quâ omnes radij paralleli concurrunt in puncto medij densioris 338 ; VII. Hyperbola per quam radij in unum punctum concurrunt 340 ; VIII. Ellipsis pars per quam radij in aère exacte concurrunt 340 ; IX. Hyperbola per quam omnes radij paralleli in unum punctum exacte incidant demonstrata 341 ; X. Parabolâ duo média proportionalia inveniri posse demonstratur 342 ; XI. Parabolâ œquationes Cosicas lineis exponere 344 ; XII. Lunae an litterae inscribi possint absentibus legendae 347 ; XIII. Consonantias omnes ex continua chordae bisectione 348.

  19. Descartes, René. 1629. Anatomica quaedam ex M.to Cartesii. Problemata (Ms. de Leibniz).

    Anatomica quaedam ex M.to Cartesii AT XI, pp. 549-621; B Op. II, 1104-1197; Problemata AT XI, 621-634; B OP. II, 1197-1219.

    Première édition du texte latin avec une traduction française dans Foucher de Careil: vol. I. Observationes Meteorologicae, 72-100 (AT XI-621-634); Physiologia 100-155; Vol. II Partes similares, et excrementa, et morbi 66-85; Anatomica quaedam 86-134; Observationum anatomicarum 134-209.

    Nouvelle édition dans René Descartes, Écrits physiologiques et médicaux, Présentation, textes, traduction, notes et annexes de Vincent Aucante, Paris, Presses Universitaires de France, 2000.

    Dans cette édition la première partie, La génération des animaux, contient les fragments 1-44 de 1630-1632, 45-72 de 1637, 73-76 de 1648.

  20. ———. 1629. Remedia, et vires medicamentorum (Ms. de Leibniz).

    Première édition du texte latin avec une traduction française dans Foucher de Careil, vol. II, 210-213.

    AT XI, pp. 641-644; B Op. II, 1216-1219.

    Nouvelle édition dans René Descartes, Écrits physiologiques et médicaux, Présentation textes, traduction, notes et annexes de Vincent Aucante, Paris, Presses Universitaires de France, 2000.

    Dans cette édition la deuxième partie, Fragments de thérapeutique, contient les fragments T1-T9 de 1628 (Remèdes et forces des médicaments) et T10-T14 de 1631.

  21. ———. 1629; 1638-40. Excerpta ex mss. R. Des-Cartes (Ms de Leibniz).

    Première édition dans R. Des-Cartes Opuscula posthuma, physîca & mathematica, Amsterdam 1701, pp. 1-17 (publié à la fine du volume, avec une nouvelle numération).

    AT X, pp. 285-324; B. Op. II, 994-1051; O III, pp. 532-562.

    I. Polygonorum inscriptio 285 ; II. Horum Usus Trigonometricus 289 ; ni. Numeri Polygoni 297 ; IV. De Partibus Aliquotis Numerorum 300 ; V. Radix Cubica Binomiorum 302 ; VI. Circuli Quadratio 304 ; VII. Tangens Cycloïdis 305 ; VIII. Tangens Quadratariae per Cycloïdem 307 ; IX. Aequationum Asymmetriae Remotio 308 ; X. Ovales Opticae Quatuor 310 ; XI. Earum Descriptio et Tactio 313-324.

    "Le volume intitulé : R. Des-Cartes Opuscula posthuma, physîca & mathematica (Amstelodami, ex typographia P. & J. Blaeu, MDCCI), donne à la fin, avec une pagination spéciale (p. 1-17), une série de fragments mathématiques sous la rubrique : Excerpta ex MSS. R. Des-Cartes." (AT X, p. 279).

    Il s'agit de 12 fragments, la plupart écrits en 1638-1640; le plus étendu, sur les Ovales, a été écrit avant 1629.

  22. ———. 1629-48. Primae cogitationes circa generationem animalium. De saporibus.

    Première édition latine dans R. Des-Cartes Opuscula posthuma, physîca & mathematica, Amsterdam 1701, pp. 1-23.

    AT XI, pp. 505-538; 539-542; B Op. II, 936-983; 984-987.

    Nouvelle édition dans René Descartes, Écrits physiologiques et médicaux, Présentation, textes, traduction, notes et annexes de Vincent Aucante, Paris, Presses universitaires de France, 2000.

    Voir aussi: Annie Bitbol-Hespériès, "Sur quelques errata dans les textes biomédicaux latins de Descartes, AT XI", Bulletin cartésien XLIV 2013, Archives de Philosophie, 2015/1 Tome 78, pp. 45-55: "En préparant l’édition des textes médicaux de Descartes, à paraître dans le volume II des Œuvres complètes de Descartes chez Gallimard (coll. Tel), dirigées par Jean Marie Beyssade et Denis Kambouchner, j’ai été conduite à proposer la correction de quelques coquilles figurant dans les éditions des textes latins des Primae cogitationes circa generationem animalium et des Excerpta anatomica et reprises dans les traductions. " (p. 45).

  23. ———. 1629 (octobre) - 1633. Le Monde, ou Traité de la lumière.

    AT XI, 3-118; B OP. II, 214-359.

    Premières publications :

    1) Le Monde de Mr. Descartes ou le Traité de la Lumière, et des autres principaux objets des Sens. Avec un Discours du Mouvement local, et un autre des Fièvres composez selon les principes du même Auteur, Paris: Jacques Le Gras, 1664 (le texte est basé sur un copie de l'original, les deux Discours placés à la suite ne sont pas de Descartes).

    2) Clerselier 1677, pp. 405-511.

    Édition critique : Le Monde, l'Homme, Introduction de Annie Bitbol-Hespériès; textes établis et annotés par Annie Bitbol-Hespériès et Jean-Pierre Verdet, Paris: Seuil, 1996.

    Titres de chapitres introduits par Clerselier dans son édition du Traité du monde : I. De la différence qui est entre nos sentiments et les choses qui les produisent ; II. En quoi consiste la chaleur et la lumière du feu ; III. De la dureté et de la liquidité ; IV. Du vide, et d'où vient que nos sens n'aperçoivent pas certains corps ; V. Du nombre des éléments, et de leurs qualités ; VI. Description d'un nouveau monde, et des qualités de la matière dont il est composé ; VII. Des lois de la nature de ce nouveau monde ; VIII. De la formation du soleil et des étoiles de ce nouveau monde ; IX. De l'origine et du cours des planètes et des comètes en général, et en particulier des comètes ; X. Des planètes en général, et en particulier de la terre et de la lune ; XI. De la pesanteur ; XII. Du flux et du reflux de la mer ; XIII. De la lumière ; XIV. Des propriétés de la lumière ; XV. Que la face du ciel de ce nouveau monde doit paraître à ses habitants toute semblable à celle du nôtre ; XVI-XVII [Ces Chapitres n'ont pas été retrouvés] ; Pour le XVIII Chapitre, voir L'Homme.

    "Le plan du Monde décrit dans le Discours

    La cinquième partie du Discours est consacrée, à un résumé du Monde, à la faveur duquel Descartes brosse à larges traits les principaux chapitres et le mouvement général de ce livre où il comptait déposer ses connaissances en physique. De manière schématique, voici la table des matières reconstituée de ce Monde qui n’a jamais vu le jour, sinon plus tard dans les Principes.

    1. Description de la matière.

    2. Les lois de la nature.

    3. Description des différentes combinaisons possibles de cette matière originelle selon les lois dégagées au deuxième paragraphe, ce qui donne les différents éléments : cieux, terre, planètes, comètes, soleil, étoiles fixes, lumière, etc.

    4. Description du monde visible, en général de tous les phénomènes qui sont au-dessus de la terre (mouvements et qualités des Cieux).

    5. Description des phénomènes terrestres : pesanteur, flux et reflux des océans, origine des mers, montagnes, etc., métaux, plantes, sable, feu, verre — métamorphose apparente des éléments.

    6. Les êtres animés : les animaux, l’homme, ses fonctions, son anatomie. (*)

    7. La conclusion est centrée sur l’immortalité de l’âme humaine que Descartes établit par la différence entre l’homme et l’animal-machine.

    Ce plan est guidé par un mouvement ascendant qui, trouvant son origine dans la matière inanimée, s’achève par révocation de l’immortalité de l’âme. L’esprit reconstruit probablement l’univers, en partant de l’évidence fournie par le spectacle de la matière elle-même régie par les lois de la mécanique, et achève son chemin en affirmant sa différence, c’est-à-dire son immortalité.

    Une étroite correspondance peut être établie entre cette organisation et celle des Principes : à la deuxième partie des Principes (« Des principes des choses matérielles ») correspondent les chapitres que nous avons numérotés 1, 2 et 3; à la troisième partie (« Du monde visible ») le chapitre 4; et à la quatrième partie (« De la terre ») le chapitre 5. Les racines métaphysiques de la première partie des Principes sont dispersées dans les quatre premières parties du Discours, à condition d’en retirer la morale par provision et les textes biographiques qui expliquent leur genèse."

    * A ce moment du développement s’intercale l’explication détaillée de la circulation du sang.

    Pierre-Alan Cahné, Un autre Descartes. Le philosophe et son langage, Paris: Vrin, 1980, pp. 257-258.

    Le Monde est commencé en octobre 1629 : "Je ne laisse pas de vous en avoir très grande obligation, et encore plus de l'offre que vous me faites de faire imprimer ce petit traité que j'ai dessein d'écrire; mais je vous dirai qu'il ne sera pas prêt de plus d'un an. Car depuis le temps que je vous avais écrit il y a un mois, je n'ai rien fait du tout qu'en tracer l'argument, et au lieu d'expliquer un phénomène seulement, je me suis résolu d'expliquer tous les phénomènes de la nature, c'est-à-dire toute la physique. Et le dessein que j'ai me contente plus qu'aucun autre que j'aie jamais eu, car je pense avoir trouvé un moyen pour exposer toutes mes pensées en sorte qu'elles satisferont à quelques-uns et que les autres n'auront pas occasion d'y contredire." (lettre à Mersenne du 13 novembre 1629, AT I 70; O VIII 1, 33; B 23).

    Le 22 juillet 1633 "Mon traité (9) est presque achevé, mais il me reste encore à le corriger et à le décrire (10) ; et parce qu'il ne m'y faut plus rien chercher de nouveau, j'ai tant de peine à travailler, que si je ne vous avais promis, il y a plus de trois ans, de vous l'envoyer dans la fin de cette année (11), je ne crois pas que j'en pusse de longtemps venir à bout ; mais je veux tâcher de tenir ma promesse (12)." (lettre à Mersenne, AT I, 268; O VIII 1, 107; B 59).

    (9) Le Monde.

    (10) Comprendre : à le transcrìre (ou bien, comme le suggère AM, lire récrire ?).

    (11) Voir à Mersenne, 15 avril 1630 (AT I, 137 l. 16-17; [O VIII 1, 67] B 30) et novembre 1630 (AT I, 179 l. 12-13; [O VIII 1, 83] B 36).

    (12) Une lettre de Golius à Huygens (1er novembre 1632, Brwg, [De Briefwisselìng van Constantjin Huygens, (1608 1687), 6 voll., ‘s-Gravenhage, Martinus Nijhoff, 1911-1917] t. 1, 375) indique que Descartes en est à rédiger la philosophie de l'âme humaine, qu'il fait remonter à Dieu ; Descartes, dit-il, s'est retiré à Deventer pour rédiger en paix. Dans le Discours, celui-ci indique : « J'avais décrit, après cela, l'âme raisonnable et fait voir qu'elle ne peut aucunement être tirée de la puissance de la matière, ainsi que les autres choses, mais qu'elle doit expressément être créée », et il poursuit : « Il y a maintenant trois ans que j'étais parvenu à la fin du traité qui contient toutes ces choses » (AT VI, 59-60 [O III, 430 et 471]).

    "... je ne vous promets pas de mettre ici des démonstrations exactes de toutes les choses que je dirai, ce sera assez que je vous ouvre le chemin par lequel vous les pourrez trouver de vous-même, quand vous prendrez la peine de les chercher. (...) Et pour faire ici un tableau qui vous agrée, il est besoin que j'y emploie de l'ombre aussi bien que des couleurs claires. Si bien que je me contenterai de poursuivre la description que j'ai commencée, comme n'ayant autre dessein que de vous raconter une fable." (AT XI, 48).

    Dans le Discours de la méthode, en se référant au Monde: " ... pour ombrager un peu toutes ces choses, et pouvoir dire plus librement ce que j'en jugeais, sans être obligé de suivre ni de réfuter les opinions qui sont reçues entre les doctes, je me résolus de laisser tout ce monde ici à leurs disputes, et de parler seulement de ce qui arriverait dans un nouveau, si Dieu créait maintenant quelque part, dans les espaces imaginaires, assez de matière pour le composer, et qu'il agitât diversement et sans ordre les diverses parties de cette matière, en sorte qu'il en composât un chaos aussi confus que les poètes en puissent feindre, et que, par après, il ne fît autre chose que prêter son concours ordinaire à la nature, et la laisser agir suivant les lois qu'il a établies » (AT VI, 43).

    Dans la lettre à Mersenne du 15 avril 1630, après avoir exposé sa théorie de la création des vérités éternelles, Descartes écrit: "J'espère écrire ceci, même avant qu'il soit 15 jours, dans ma Physique ;" (AT I, 146; O VIII 1, 73; B 30); on trouve un écho de ces pensées à la fine du chapitre VI et dans le chapitre VII: "Si j'y mettais la moindre chose qui fût obscure, il se pourrait faire que parmi cette obscurité il y aurait quelque répugnance (**) cachée dont je ne me serais pas aperçu, et ainsi que, sans y penser, je supposerais une chose impossible; au lieu que, pouvant distinctement imaginer tout ce que j'y mets, il est certain qu'encore qu'il n'y eût rien de tel dans l'ancien monde, Dieu le peut toutefois créer dans un nouveau, car il est certain qu'il peut créer toutes les choses que nous pouvons imaginer.

    (...)

    Et il est facile à croire que Dieu, qui comme chacun doit savoir est immuable, agit toujours de même façon. Mais, sans m'engager plus avant dans ces considérations métaphysiques, je mettrai ici deux ou trois des principales règles suivant lesquelles il faut penser que Dieu fait agir la nature de ce nouveau monde et qui suffiront, comme je crois, pour faire connaître toutes les autres." (AT XII, 36-38).

    (**) Au XVIIe siècle, répugnance signifie déjà dégoût, mais aussi contrariété, opposition et contradiction, et c'est le sens qu'il faut ici retenir. (Note de A. Bitbol-Hespériès, Le Monde, l'Homme, cit., p. 24).

    Le Chapitre VII donne la définition de Nature : "Sachez donc, premièrement, que par la Nature je n'entends point ici quelque Déesse, ou quelque autre sorte de puissance imaginaire, mais que je me sers de ce mot pour signifier la Matière même en tant que je la considère avec toutes les qualités que je lui ai attribuées comprises toutes ensemble, et sous cette condition que Dieu continue de la conserver en la même façon qu'il l'a créée. Car de cela seul qu'il continue ainsi de la conserver, il suit de nécessité qu'il doit y avoir plusieurs changements en ses parties, lesquels ne pouvant, ce me semble, être proprement attribués à l'action de Dieu, parce qu'elle ne change point, je les attribue à la Nature ; et les règles suivant lesquelles se font ces changements, je les nomme les lois de la Nature." (AT XI, 36-37).

    La "fable" du Monde.

    C'est dans la lettre à Mersenne du 25 novembre 1630 que Descartes use pour la première fois cette expression : "Et je ne pense pas après ceci me résoudre jamais plus de faire rien imprimer, au moins moi vivant : car la fable de mon Monde (10) me plaît trop pour manquer à la parachever". (AT I, 179; O VIII 1, 83; B 36).

    (10 Voir à Mersenne, 13 novembre 1629 (AT I, 70; [O VIII 1, 33] B 23).

    Au terme du chapitre V et au débout du Chapitre VI Descartes écrit : "Il me reste ici encore beaucoup d'autres choses à expliquer, et je serais même bien aise d'y ajouter quelques raisons pour rendre mes opinions plus vraisemblables. Mais afin que la longueur de ce discours vous soit moins ennuyeuse, j'en veux envelopper une partie dans l'invention d'une fable, au travers de laquelle j'espère que la vérité ne laissera de paraître suffisamment, et qu'elle ne sera pas moins agréable à voir que si je l'exposais toute nue.

    Chapitre VI

    Permettez donc pour un peu de temps à votre pensée de sortir hors de ce monde pour en venir voir un autre tout nouveau que je ferai naître en sa présence dans les espaces imaginaires (*). Les Philosophes nous disent que ces espaces sont infinis, et ils doivent bien en être crus puisque ce sont eux-mêmes qui les ont faits. Mais afin que cette infinité ne nous empêche et ne nous embarrasse point, ne tâchons pas d'aller jusqu'au bout ; entrons-y seulement si avant que nous puissions perdre de vue toutes les créatures que Dieu fit il y a cinq ou six mille ans, et après nous être arrêtés là en quelque lieu déterminé, supposons que Dieu crée de nouveau tout autour de nous tant de matière que, de quelque côté que notre imagination se puisse étendre, elle n'y aperçoive plus aucun lieu qui soit vide." (AT XI, 31-32).

    (*) ...espaces imaginaires... "dans la philosophie scolastique, où le monde est considéré comme fini, les espaces fictifs que l'imagination seule conçoit au-delà des limites du monde et de l'espace réels. Cf. Index scolastico-cartésien, pp. 96-97." (Etienne Gilson, Discours de la méthode. Texte et commentaire, Paris: Vrin, 1925, p. 383); voir aussi Francisco Suárez, Disputationes metaphysicae, XXX, 7, 28: "extra hunc autem mundum nihil est, nam spatium imaginarium non est, sed imaginatione fingitur (au-delà de ce monde, il n'y a rien; car l'espace imaginaire n'existe pas, mais est forgé par l'imagination)."; voir aussi Disputationes metaphysicae, LI, De "ubi", passim.

    "... je vous prie me mander s'il n'y a rien de déterminé en la religion, touchant l'étendue des choses créées, savoir si elle est finie ou plutôt infinie, et qu'en tous ces pays qu'on appelle les espaces imaginaires il y ait des corps créés et véritables ; car encore que je n'eusse pas envie de toucher cette question, je crois toutefois que je serai contraint de la prouver." (lettre à Mersenne du 18 décembre 1629, AT I, 86; O VIII 1, 41; B 25).

    Descartes a renoncé à la publication après la condamnation de Galilée (cfr. la lettre à Mersenne 28 novembre 1633: "Mais comme je ne voudrais pour rien au monde qu’il sortît de moi un discours, où il se trouvât le moindre mot qui fut désapprouvé de l’Eglise, aussi aimé-je mieux le supprimer, que de le faire paraître estropié. (10)" (AT I, 270-271; O VIII 1, 108; B 60).

    (10) Rapprocher du récit de la sixième partie du Discours (dont la rédaction se poursuivit jusqu'en mars 1636, AT VI, 60 l. 4-61 l. 2 [O III, 121]) Il est peu crédible de mettre en doute la sincérité de Descartes : le protestant Claude Saumaise écrivait le 7 mars 1638 à l’abbé Ismaël Bouillard à propos du Monde que si Descartes « était moins bon catholique, il nous l’aurait déjà donné, mais il craint de publier une opinion qui n'est pas approuvée à Rome » (ce qui, de surcroît, aurait été contre-productif pour l'adoption de son système en France et chez les jésuites), texte inédit cité par Henk J. M. Nellen, « Ismaël Boulliaud (1605-1694) : astronome, épistolier, nouvelliste et intermédiaire scientifique; ses rapports avec les milieux du libertinage érudit », in Études de l'Institut Pierre Bayle, Nimègue, 24, APA-Holland University Press, 1994, p. 70.

    "Pendant l'été 1634, Descartes écrit à Beeckman au sujet de la propagation de la lumière. Aucune lettre connue de Descartes ne date du début de l'année 1635. Mais le 16 avril 1635, Descartes écrit à Golius qu’il a lu à M. de Zuilichem, c’est-à-dire à Constantin Huygens qu’il vient de rencontrer, « une partie de sa Dioptrique (282) ». En mai, il réfléchit à «la cause de la lumière (283) » et évoque les couronnes et les parhélies. Puis, dans les mois qui suivent, il écrit que, « depuis la condamnation de Galilée », il a « entièrement séparé de son Monde le traité sur “les lunettes” », et qu’il l'a « revu et entièrement achevé ». Il se « propose de le faire imprimer seul dans peu de temps ». Il ajoute également qu’il « juge maintenant hors de saison» de « faire voir son Monde avec le mouvement défendu » (284).

    Ces indications sont très précieuses parce qu’elles montrent d’une part que Descartes abandonne l’idée de publier Le Monde, et d’autre part qu’il se consacre maintenant à La Dioptrique, en vue de sa publication. De sorte que la composition de La Dioptrique a alors évolué, et qu’elle s’est notamment augmentée d’un approfondissement des réflexions inaugurales du Monde sur la lumière, mais plus encore des analyses du chapitre XVIII du Monde consacré à L’Homme. En effet, les références directes à La Dioptrique figurant dans Le Monde incluant L’Homme permettent de voir quel en était le noyau initial. Ainsi, Le Monde renvoie directement à La Dioptrique pour l’explication de la réflexion et de la réfraction (285), qui se trouve au discours second de l’Essai de 1637. L’Homme se réfère explicitement à La Dioptrique au sujet de la taille des verres (objet de la réflexion de Descartes depuis 1629), parce que la figure du cristallin ressemble à celle d’un verre hyperbolique (286), dont les particularités sont exposées au discours huitième de l’Essai de 1637.

    L’Homme cite à nouveau La Dioptrique en ce qui concerne le mécanisme de la vision (287), exposé dans les discours troisième et sixième de l’Essai de 1637."

    (282) AT 1, 314. [O VIII 1; 647; B 71]

    (283) AT I, 318. [O VIII 1; 648; B 74]

    (284) AT I, 322. [O VIII 1; 121; B 75] Lettre datée de l’automne 1635 dans AT et de juin ou juillet 1635 dans Alquié, et probablement adressée à Mersenne.

    (285) AT XI, 9, 102, 106, 116.

    (286) AT XI, 153, 156.

    (287) AT XI, 187.

    Introduction de Annie Bitbol-Hespériès à R. Descartes, Le Monde, l'Homme, Paris: Seuil, 1996, pp. XXXV.

    "Pour les lunettes, je vous dirai que depuis la condamnation de Galilée (4), j'ai revu et entièrement achevé le Traité que j'en avais autrefois commencé (5) ; et l'ayant entièrement séparé de mon Monde, je me propose de le faire imprimer seul dans peu de temps (6). Toutefois parce qu'il s'écoulera peut-être encore plus d'un an, avant qu'on le puisse voir imprimé, si M. N. (7) y désirait travailler avant ce temps-là, je le tiendrais à faveur, et je m'offre de faire transcrire tout ce que j'ai mis touchant la pratique, et de lui envoyer quand il lui plaira." (lettre à Mersenne (?) mars 1635 ?, AT I, 322; O VIII 1, 121; B 75)

    (4) Descartes est souvent revenu dans ses lettres à Mersenne sur la condamnation de Galilée (1633) : fin novembre 1633 (AT I, 270-273, [O VIII 1, 107-109;] B 60); février 1634 (AT I, 281-282, [O VIII, 1; 109-110] B63); 15 mai 1634 (AT I, 298-299, [O VIII 1, 114-118] B 66).

    (5) La rédaction de la Dioptrique, dont Descartes a souvent entretenu Mersenne (25 novembre 1630, AT I 182 1. 13 sq., [O VIII 1, 82-85] B36; juin 1632, AT I, 254 l. 3 sq., [O VIII 1, 102-104] B 55).

    (6) En effet, Descartes écrit à Golius le 16 avril 1635 : « Monsieur de Zuyleichem [Huygens], que j'ai eu l'honneur de voir ces jours à Amsterdam, après avoir eu la patience d'ouïr lire une partie de ma Dioptrique... » et envoie à Huygens une copie du texte le 25 avril 1635 (AT I, 585-586; [O VIII 2, 13-14] B 72).

    (7) Cl-Inst : de Beaune (suivi par AT ? et AM ?); CM V 125 n. 5 suggère Mydorge, « plutôt que Ferrier, à qui Descartes avait déjà donné ses instructions depuis longtemps ».

  24. ———. 1629 (octobre) - 1633. L'Homme.

    AT XI, 119-215; B Op. II, 362-507. Ce traité est le XVIIIe Chapitre du Monde.

    Premières publications :

    1) Traduction latine de Florent Schuyl : Renatus Des Cartes De Homine, figuris et latinitate donatus a Florentio Schuyl, Leyden: P. Leffen & F. Moyardum. 1662.

    2) Édition du texte original : Clerselier 1677, pp. 1-98.

    Édition critique : Le Monde, l'Homme, Introduction de Annie Bitbol-Hespériès; textes établis et annotés par Annie Bitbol-Hespériès et Jean-Pierre Verdet, Paris: Seuil, 1996.

    Dans une lettre à Mersenne du 18 décembre 1629 Descartes écrit : "je veux commencer à étudier l'anatomie. (44)" (AT I, 102; O VIII 1, 49; B 25).

    (44) Première mention des études d'anatomie de Descartes : on retrouve ce souci dans à Mersenne, 15 avril 1630 (AT I, 137 l. 5-6 [O VIII 1, 68; B 30]), 20 février 1639 (AT II, 525 l. 14-18 [O VIII 1, 326; B 204]) et 13 novembre 1639 (AT II, 621 l. 3-15 [O VIII 1, 351; B 224]); Descartes en parle aussi au médecin Plempius le 15 février 1638 (AT I, 523, l. 1-3 [O VIII 1, 407; B 146]) ; voir aussi le Traité de l'Homme (AT XI 120 l. 25-121 l. 9) et le Discours (AT VI, 47 l. 1-8 [O III, 112]).

    "Le plan suivi dans le Traité de l’Homme.

    Ce traité, qui est une description systématique de la machine qu’est le corps, est très construit, de manière concertée et révélatrice d’une hiérarchie et du constant souci de totalité de Descartes. Car, encore que toute cette machine soit régie, en toutes ses fonctions, par les mêmes principes issus de la mécanique la plus élémentaire, Descartes ne laisse pas de suivre un ordre qui reproduit, dans le microcosme du corps, la structure générale de l’exposé qu’il utilise pour décrire le macrocosme du monde.

    Mais d’abord, les données : le plan du Traité de l’Homme est le suivant.

    En un premier temps, c’est le cours du sang qui guide le développement, depuis son origine jusqu’à sa métamorphose en une autre substance :

    — la digestion des viandes, le circuit des aliments, le foie, le sang ;

    — la respiration ;

    — la circulation du sang ;

    — la croissance ;

    — la raréfaction du sang, origine des esprits animaux.

    La deuxième partie du développement suit maintenant le cours des esprits animaux, ce qui conduit Descartes à décrire les systèmes nerveux, moteur et sensible :

    — le système nerveux, moteur, les nerfs-tuyaux et les muscles ;

    — le système nerveux sensible, les nerfs-filets ;

    — le mécanisme des sentiments intérieurs (faim, soif, etc.) ;

    — les esprits animaux et les passions.

    Enfin, une dernière parties2 est centrée sur les fonctions du cerveau:

    — les fonctions de la veille (imagination, mémoire, etc.) ;

    — les fonctions du sommeil (les songes).

    La conclusion insiste sur l’identité entre cette machine créée par la nature et celle issue de l’industrie humaine (horloge)."

    Pierre-Alan Cahné, Un autre Descartes. Le philosophe et son langage, Paris: Vrin, 1980, pp. 259.

    "Les notes de cette édition du traité de L’Homme montrent les points de rencontre nombreux entre le chapitre XVIII du Monde et La Dioptrique. La convergence de ces textes ne doit d’ailleurs aucunement surprendre, puisque, nous l’avons vu, ils ont été élaborés dans les mêmes années. Mais, à plusieurs reprises, des phrases identiques se retrouvent d’un texte à l’autre, ce qui laisse penser qu’après la condamnation de Galilée Descartes a inséré dans La Dioptrique plusieurs passages du traité de L’Homme consacrés à l’explication du sens de la vue. Ce qui est intéressant à remarquer, c’est que l’esprit qui anime Descartes n’a pas changé entre le début de la rédaction de L’Homme et de La Dioptrique, et le remaniement du texte de La Dioptrique à partir de 1635, en vue de sa publication." Introduction de Annie Bitbol-Hespériès à René Descartes, Le Monde, l'Homme, Paris: Seuil, 1996, pp. XXXV-XXXVI.

    Voir aussi: Sylvain Matton, "Un témoignage oublié sur le manuscrit du Traité de l'homme de Descartes", Bulletin cartésien XXXVI, Archives de philosophie, 68, 2005, p. 7-8 et Franco A. Meschini, "Filologia e scienza. Note per un’edizione critica de L’Homme di Descartes", in F. A. Meschini (éd.), Le opere dei filosofi e degli scienziati. Filosofia e scienza tra testo, libro e biblioteche, Firenze, Olschki, 2011, p. 165-204.

  25. ———. 1630. [La théorie de la création des vérités éternelles].

    La théorie de la création des vérités éternelles comme fondement métaphysique de la physique.

    Cette théorie est formulée pour la première fois dans une lettre à Mersenne : le débat commence le 15 avril 1630, en posant comme thème, en réponse à des lettres perdues de Mersenne, “les vérités mathématiques que vous appelez éternelles”. La même année, le philosophe en discute aussi bien avec lui dans deux autres lettres, qu'avec Beeckman dans une lettre du 17 octobre de la même année. Le débat se prolonge jusqu'en 1649 : il est présent dans la correspondance avec Arnauld, dans la lettre à Mersenne du 27 mai 1638 et, surtout, dans celle à Mesland du 2 juin 1644. On peut considérer que le débat se termine le 5 février 1649 avec la discussion entamée avec More sur les vérités contradictoires. Dans les œuvres imprimées, la théorie ne sera publiée que dans les Responsiones (AT VII, 380 et 435-436). Vagues allusions dans le Discours de la méthode, V (AT VI 41 ll. 12-13 [O III, 108]) et dans les Principia philosophiae (I, §§ 22 et 24; AT VIII-1, 13-14).

  26. ———. 1630-31 (?). La recherche de la vérité par la lumière naturelle.

    AT X, 495-527; B Op. II, 826-871; CO 249-341; dialogue (incomplet) écrit en français, dont l'original est perdu.

    Les sources existant sont :

    1) une copie (partielle) en français, conservée à Hanovre (H) faite par Ehrenfried Walther von Tschirnhaus (1651 - 1708) sur le manuscrit en possession de Clerselier, datée 16 novembre 1676 et envoyée à Leibniz en février 1677 (AT X pp. 495-514).

    2) la traduction néerlandaise complète (N): Amsterdam 1684.

    3) la traduction latine complète (A): Inquisitio veritatis per lumen naturale, in Opuscola posthuma, physica et mathematica, Amsterdam 1701, pp. 67-90 (AT X, 514-527).

    CO donne le texte française pour la partie existante, la traduction latine et le texte néerlandaise avec la première traduction française de cette version (par Corinna Vermeulen).

    Édition critique : René Descartes, La Recherche de la vérité par la lumière naturelle, sous la direction de Ettore Lojacono, textes établis par Erik Jan Bos, lemmatisation et concordances du texte français par Franco A. Meschini, index et concordances du texte latin et néerlandais par Francesco Saita, Milano: Franco Angeli, 2002, avec un essai de Ettore Lojacono. Pour une interprétation et une datation de La Recherche de la vérité par la lumière naturelle de René Descartes, (pp. VII-XL) et une note "La présente édition", par Erik-Jan Bos (pp. XLI-LXV).

    Ettore Lojacono donne un bilan complet des débats consacrés à la datation du texte (pp. 161-201).

    Traductions :

    La recherche de la vérité par la lumière naturelle, Introduction, Appendices, Notice biographique et bibliographique par Ettore Lojacono, Introduction et commentaire historique et conceptuel, textes revus par Massimilano Savini, Paris: Presses universitaires de France, 2009.

    La recherche de la vérité par la lumière naturelle, traduction et notes par Emmanuel Faye, Paris: Librairie Générale Française, (Le Livre de Poche), 2010.

    "La première édition de la Recherche de la vérité fut publiée à Amsterdam, en 1684, dans une traduction néerlandaise. Sous le titre de Onderzoek der waarheit door 't naturelijk licht (N) le texte fut ajouté, avec une traduction des Regulae, à l'édition néerlandaise du vol. III de la Correspondance de Descartes, telle qu'elle avait été publiée par Clerselier. Enfin, dans le même volume on trouve une traduction du Traité de la lumière ou Le Monde. Le traducteur de la Correspondance et du Monde était J. H. Glazemaker. L'identité du ou des traducteurs de la Recherche et des Regulae est inconnue. Rieuwertsz avait commencé l'impression de la correspondance en l'automne de 1682. Elle était achevée au printemps de 1684." (La Recherche de la vérité par la lumière naturelle, "La présente édition", p. LIV).

    "La version latine de la Recherche, Inquisitio veritatis per lumen naturale (A), due à un traducteur inconnu, fut publiée en 1701 dans le recueil des Opuscula posthuma, qui constituent le vol. IX (le dernier) des Opera omnia de Descartes, commencés en 1692 par une « Société de libraires ». Dans cette édition, A couvre 23 pages, la première de 28 lignes la dernière de 27, les autres de 38. Au sein des Opuscula posthuma A forme une unité typographique propre, avec sa propre pagination et sa propre page de titre : Regulae ad directionem ingenii, ut et Inquisitio veritatis per lumen naturale : Regulae, pp. 1-66; Inquisitio veritatis, pp. 67-90). Dans la Préface on ne trouve aucune indication sur la provenance des copies. En fait, l'éditeur anonyme s'est acquitté de sa tâche en donnant simplement quelques citations de Baillet." (La Recherche de la vérité par la lumière naturelle, "La présente édition", p. LVI).

    "Dans la présente édition on trouve le texte intégral des trois sources, H, N et A. Le texte de H, comme source principale du texte français, a été imprimé avant les autres. Il a été établi sur la base d'un collationnement du texte imprimé dans G. W. Leibniz, Sämtliche Schriften und Briefe, Zweiter Band : 1676-1679, Berlin, 1987 avec des photocopies de H. Enfin, on a collationné ce texte avec l'original de Hanovre. Dans l'édition de H pour une certaine mesure (voir § 3.1) le texte a été normalisé et en plusieurs passages on a préféré la leçon de N et A à celle de H (voir § 3.2). Pour N et A les textes de base ont été les exemplaires de la Bibliothèque universitaire d'Utrecht, collationnés avec quatre autres exemplaires (voir §§ 2.2 et 2.3). Pour l'édition de N et de A nous avons suivi les critères présentés ci-dessous. Pour faciliter une étude comparative de ces textes ils sont imprimés l'un en regard de l'autre." (La Recherche de la vérité par la lumière naturelle, "La présente édition", p. LIX).

    Voir aussi: Siegrid Agostini, "2002-1013 : une décennie d'édition de La Recherche de la vérité par la lumière naturelle", Bulletin cartésien XLIII, Archives de philosophie, 77, 2014, p. 163-170.

  27. ———. 1637. Discours de la méthode. Pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences. Plus la Dioptrique. Les Météores. Et la Géométrie. Qui sont des essais de cette Méthode. Leyde: Imprimerie Ian Maire.

    AT VI, 1-515; B Op. I, 24-653; O III, 81-508.

    Avertissement V; Frontispice des Essais XIII; Discours de la méthode 1; La Dioptrique 79; Les Météores 229; La Géométrie 367; Avertissement 486; Tables des principales difficultés qui sont expliquées dans La Dioptrique 487; Tables des principales difficultés qui sont expliquées aux Météores 498; Table des matières de la Géométrie 511; Privilège 515.

    Première édition anonyme : 8 juin 1637 (réimpression anastatique Lecce: Conte Editore, 1987).

    Discours de la méthode : AT VI, 1-78.

    Date de composition : hiver 1635-36 - printemps 1637 (sur la chronologie de l'œuvre voir les études de Gilbert Gadoffre, Láscaris Comneno, Elie Denissoff et Edwin Curley, dans ma bibliographie sur les sources de la pensée de Descartes).

    Après avoir renoncé à publier Le monde, Descartes entreprend en 1635 un nouveau projet, qui sera terminé en mars 1637 et aboutira dans la publication du Discours : "Pour le traité de physique dont vous me faites la faveur de me demander la publication (5), je n'aurais pas été si imprudent que d'en parler en la façon que j'ai fait, si je n'avais envie de le mettre au jour, en cas que le monde le désire, et que j'y trouve mon compte et mes sûretés. Mais je veux bien vous dire, que tout le dessein de ce que je fais imprimer à cette fois, n'est que de lui préparer le chemin, et sonder le gué. Je propose à cet effet une méthode générale (6), laquelle véritablement je n'enseigne pas, mais je tâche d'en donner des preuves par les trois traités suivants (7), que je joins au discours où j'en parle, ayant pour le premier un sujet mêlé de philosophie et de mathématique (8), pour le second, un tout pur de philosophie (9); et pour le 3e, un tout pur de mathématique (10), dans lesquels je puis dire que je ne me suis abstenu de parler d'aucune chose, (au moins de celles qui peuvent être connues par la force du raisonnement), parce que j'ai cru ne la pas savoir; en sorte qu'il me semble par là donner occasion de juger que j'use d'une méthode par laquelle je pourrais expliquer aussi bien toute autre matière, en cas que j'eusse les expériences qui y seraient nécessaires, et le temps pour les considérer. Outre que pour montrer que cette méthode s'étend à tout, j'ai inséré brièvement quelque chose de métaphysique, de physique et de médecine dans le premier discours (11). Que si je puis faire avoir au monde cette opinion de ma méthode, je croirai alors n'avoir plus tant de sujet de craindre que les principes de ma physique soient mal reçus; et si je ne rencontrais que des juges aussi favorables que vous, je ne le craindrais pas dès maintenant." (lettre à [Germain Habert, abbé de Cérisy], [avril ?] 1637, AT I 370-371; O VIII 2, 833; B109).

    (6) Seule occurrence du syntagme « méthode générale » dans le corpus cartésien.

    (7) Les trois Essais (Dioptrique, Météores, Géométrie).

    (8) La Dioptrique.

    (9) Les Météores (rappelons que « philosophie » signifie « philosophie naturelle », c'est-à-dire ce que nous appelons la « physique »).

    (10) La Géométrie.

    (11) Dans les 4e et 5e parties du Discours (AT VI, 31-60 [O III, 102-121]).

    En 1636 Descartes, qui se trouve à Leyde, confie l'impression du livre à Mersenne : "Il y a environ cinq semaines que j'ai reçu vos dernières du dix-huit janvier, et je n'avais reçu les précédentes que quatre ou cinq jours auparavant. Ce qui m'a fait différer de vous faire réponse, a été que j'espérais de vous mander bientôt que j'étais occupé à faire imprimer. Car je suis venu à ce dessein en cette ville (2); mais les [Elzevier (3)] qui témoignaient auparavant avoir fort envie d'être mes libraires, s'imaginant, je crois, que je ne leur échapperais pas lorsqu'ils m'ont vu ici, ont eu envie de se faire prier, ce qui est cause que j'ai résolu de me passer d'eux (4); et quoique je puisse trouver ici assez d'autres libraires, toutefois je ne résoudrai rien avec aucun, que je n'aie reçu de vos nouvelles, pourvu que je ne tarde point trop à en recevoir. Et si vous jugez que mes écrits puissent être imprimés à Paris plus commodément qu'ici, et qu'il vous plût d'en prendre le soin, comme vous m'avez obligé autrefois de m'offrir (5), je vous les pourrais envoyer incontinent après la vôtre reçue. (...) Et afin que vous sachiez ce que j'ai envie de faire imprimer, il y aura quatre Traités tous français, et le titre en général sera: Le Projet d'une Science universelle qui puisse élever notre nature à son plus haut degré de perfection. Plus la Dioptrique, les Météores, et la Géométrie ; où les plus curieuses Matières que l'Auteur ait pu choisir, pour rendre preuve de la Science universelle qu'il propose, sont expliquées en telle sorte, que ceux mêmes qui n'ont point étudié les peuvent entendre. En ce Projet je découvre une partie de ma Méthode, je tâche à démontrer l'existence de Dieu et de l'âme séparée du corps, et j'y ajoute plusieurs autres choses qui ne seront pas, je crois, désagréables au lecteur." (lettre à Mersenne du mars 1636 AT I, 338-339; O VIII 1, 135; B 83).

    Le 1 avril 1636 Descartes donne à lire son manuscrit à Constantin Huygens : "Je ne manquerai de me trouver demain à votre logis incontinent après votre dîner, puisqu'il vous plaît me faire la faveur de me le permettre (2); et je porterai avec moi tous ceux de mes papiers qui seront assez au net pour les pouvoir lire, afin que vous en puissiez choisir ceux dont la lecture vous sera le moins ennuyeuse, et que j'aie le bonheur de savoir au vrai le jugement que vous en ferez." (lettre à Huygens du 31 mars 1636 AT I, 605; O VIII 2, 21; B 86).

    Dans le contrat d'édition avec l'imprimeur Jean Maire (Leyde, 2 décembre 1636) le titre change : "le dit DES CARTES mettra entre les mains du dit LE MAIRE toute la copie d'un livre intitulé: La méthode etc. plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie" (le contrat est publié dans Gustave Cohen, Écrivains français en Hollande dans la première moitié du XVIIe siècle, Paris: Champion, 1920, pp. 503-504).

    L'expression "Discours de la méthode" fait sa parution dans deux lettres à Huygens et à Mersenne:

    Lettre à C. Huygens du 25 février 1637: "Monsieur Golius m'avertit dernièrement de votre part que vous jugiez le mot de "discours" superflu en mon titre, et c'est l'un des sujets de remerciement que j'ai à vous faire. Mais je m'excuse sur ce que je n'ai pas eu dessein d'expliquer toute la méthode mais seulement d'en dire quelque chose, et que je n'aime pas à promettre plus que je ne donne, c'est pourquoi j'ai mis « Discours de la Méthode »; au lieu que j'ai mis simplement «la Dioptrique» et «les Météores», parce que j'ai tâché d'y comprendre tout ce qui faisait (6) à mon sujet. Que si cette raison ne vous contente et que vous m'obligiez de m'en faire savoir votre jugement, je le suivrai comme une loi inviolable. Il me semble aussi que je dois ôter toute la glose que j'avais mise à la fin (7) et laisser seulement ces mots « Discours de la Méthode etc. plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie qui sont des essais de cette méthode »." (AT I, 620-621; O VIII 2, 26; B 104).

    (6) « Faire à » : convenir.

    (7) Descartes avait proposé à Mersenne en mars 1636 le titre [déjà cité : Le Projet d'une Science universelle, etc.]

    Lettre à Mersenne du 20 avril 1637: "Mais je n'ai su bien entendre ce que vous objectez touchant le titre; car je ne mets pas Traité de la Méthode, mais Discours de la Méthode, ce qui est le même que Préface ou Avis touchant la Méthode, pour montrer que je n'ai pas dessein de l'enseigner, mais seulement d'en parler. Car comme on peut voir de ce que j'en dis, elle consiste plus en pratique qu'en théorie, et je nomme les traités suivants des Essais de cette Méthode, parce que je prétends que les choses qu'ils contiennent n'ont pu être trouvées sans elle, et qu'on peut connaître par eux ce qu'elle vaut : comme aussi j'ai inséré quelque chose de métaphysique, de physique, et de médecine dans le premier discours, pour montrer qu'elle s'étend à toutes sortes de matières." (AT I, 349; O VIII 1, 139; B 83).

    Le titre définitif ressemble à une œuvre de Jacopo Aconcio (1492 - 1567), De Methodo, hoc est de recta investigandarum tradendarumque artium ac scientiarum ratione, Basilée 1558, réimprimé en 1617 à Leyde par le même éditeur du Discours, mais une influence directe n'est pas démontrée.

    Dans cette œuvre Descartes réutilise des écrits précédents :

    La Première partie du Discours (AT VI, 1-11 [O III, 81-87]) reprend le projet d'une Histoire de mon esprit dont parle Guez de Balzac dans la lettre à Descartes du 30 mars 1628: "Au reste, Monsieur, souvenez-vous, s'il vous plaît, de l'Histoire de Votre Esprit. Elle est attendue de tous nos amis, et vous me l'avez promise en présence du Père Clitophon, qu'on appelle en langue vulgaire Monsieur de Gersan. Il y aura plaisir à lire vos diverses aventures dans la moyenne et dans la plus haute région de l'air ; à considérer vos prouesses contre les Géants de l'École, le chemin que vous avez tenu, le progrès que vous avez fait dans la vérité des choses, etc." (AT I 570; B 15).

    La Deuxième partie (AT VI, 11-22 [O III, 88-95]) est une adaptation et une rectification des certain thèmes des Règles pour la direction de l'esprit: "Pendant les dix années qui s'écoulèrent entre les deux ouvrages, Descartes a très sensiblement modifié ses vues méthodologiques: les Regulae proposaient une mathématique universelle qui assimilait à des segments de droite — soit à une dimension spatiale — tout ce qui est susceptible de mesure, alors que la Géométrie achemine le lecteur vers une notion de mathématiques pures, vers une « géométrie qui est avant tout une algèbre ». Un pas décisif a été franchi, et Léon Brunschvicg (*) montre sans peine que le deuxième chapitre du Discours s'en trouve par là même éclairé : certains développements sont si étroitement liés qu'ils ne s'expliquent que l'un par l'autre. De même que la sixième partie est une introduction à la Dioptrique et aux Météores, la deuxième est une introduction à la Géométrie." (Gilbert Gadoffre, La chronologie des six parties, in : Nicolas Grimaldi et Jean-Luc Marion (éds.), Le Discours et sa méthode, Paris: Presses universitaires de France, 1987, p. 21.)

    (*) Léon Brunschvicg, Mathématiques et métaphysique chez Descartes, Revue de Métaphysique et de Morale, juillet 1937, [pp. 277-324; repris dans: L. Brunschvicg, Écrits philosophiques, tome I, Paris, Presses Universitaires de France, 1951, pp. 11-54].

    La Troisième partie (AT VI 22-31 [O III, 96-101]) contient la morale provisoire; sur les raison de cette inclusion, voir la lettre à Henricus Reneri pour Alphonse de Pollot d'avril ou mai 1638 : "Au reste j'ai été obligé de parler de cette résolution et fermeté touchant les actions, tant à cause qu'elle est nécessaire pour le repos de la conscience, que pour empêcher qu'on ne me blâmât de ce que j'avais écrit que, pour éviter la prévention, il faut une fois en sa vie se défaire de toutes les opinions qu'on a reçues auparavant en sa créance : car apparemment on m'eût objecté que ce doute si universel peut produire une grande irrésolution et un grand dérèglement dans les mœurs. De façon qu'il ne me semble pas avoir pu user de plus de circonspection que j'ai fait, pour placer la résolution, en tant qu'elle est une vertu, entre les deux vices qui lui sont contraires, à savoir l'indétermination et l'obstination.

    Il ne me semble point que ce soit une fiction, mais une vérité, qui ne doit point être niée de personne, qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées ; au moins en prenant le mot de pensée comme je fais, pour toutes les opérations de l'âme, en sorte que non seulement les méditations et les volontés, mais même les fonctions de voir, d'ouïr, de se déterminer à un mouvement plutôt qu'à un autre etc., en tant qu'elles dépendent d'elle, sont des pensées. Et il n'y a rien du tout que les choses qui sont comprises sous ce mot, qu'on attribue proprement à l'homme en langue de philosophe : car pour les fonctions qui appartiennent au corps seul, on dit qu'elles se font dans l'homme, et non par l'homme." (AT II, 35-36; O VIII 2, 542; B 164).

    Voir aussi l'Entretien avec Burman :

    "III. Texte 64. AT VI 22, l. 29 [O III, 96] une moral par provision, qui ne consistait qu'en trois ou quatre maximes, DONT JE VEUX BIEN VOUS FAIRE PART (que je veux bien AJOUTER À MON ÉCRIT).

    L'auteur n'écrit pas volontiers touchant la morale (6), mais les Régents et autres pédants l'on contraint d'ajouter à son écrit ces règles parce que, autrement, ils prétendraient qu'il n'a ni religion ni foi, et que, par le biais de sa méthode, il veut les renverser (7)." (Burman 144; AT V, 178).

    La Quatrième partie (AT VI, 31-40 [O III, ]102-108) est dédiée à la métaphysique et utilise le Petit traité de métaphysique (perdu) de 1629 : "Descartes présente lui-même la Quatrième Partie du Discours comme un abrégé par rapport à ce manuscrit latin qui, au contraire, semble être une sorte de première rédaction par rapport aux Méditations ou du moins par rapport à celles qui ouvrent l'ouvrage». Ainsi il y avait dans la pensée de Descartes plus que dans son texte lorsqu'il écrivait la Quatrième Partie du Discours. Quant à savoir quel est ce « plus », des hypothèses différentes sont permises : ce qui est certain, c'est que, en ce qui concerne l'épreuve critique du commencement, l'évolution de la pensée n'est pas seule en cause." (Henri Gouhier, La pensée métaphysique de Descartes, Paris: Vrin, 1962, p. 67).

    Cette partie a été ajouté au moment de l'impression : "Il est vrai que j'ai été trop obscur en ce que j'ai écrit de l'existence de Dieu dans ce traité de la Méthode, et bien que ce soit la pièce la plus importante, j'avoue que c'est la moins élaborée de tout l'ouvrage ; ce qui vient en partie de ce que je ne me suis résolu de l'y joindre que sur la fin, et lorsque le libraire me pressait. Mais la principale cause de son obscurité vient de ce que je n'ai osé m'étendre sur les raisons des sceptiques, ni dire toutes les choses qui sont nécessaires ad abducendam mentem a sensibus: car il n'est pas possible de bien connaître la certitude et l'évidence des raisons qui prouvent l'existence de Dieu selon ma façon, qu'en se souvenant distinctement de celles qui nous font remarquer de l'incertitude en toutes les connaissances que nous avons des choses matérielles; et ces pensées ne m'ont pas semblé être propres à mettre dans un livre, où j'ai voulu que les femmes mêmes pussent entendre quelque chose, et cependant que les plus subtils trouvassent aussi assez de matière pour occuper leur attention. J'avoue aussi que cette obscurité vient en partie, comme vous avez fort bien remarqué, de ce que j'ai supposé que certaines notions, que l'habitude de penser m'a rendu familières et évidentes, le devaient être aussi à un chacun; comme par exemple, que nos idées ne pouvant recevoir leurs formes ni leur être que de quelques objets extérieurs, ou de nous-mêmes, ne peuvent représenter aucune réalité ou perfection, qui ne soit en ces objets, ou bien en nous, et semblables; sur quoi je me suis proposé de donner quelque éclaircissement dans une seconde impression. (8)" (lettre à Antoine Vatier du 22 février 1638, AT I, 560; O VIII 1, 574-575; B 149).

    (8) C'est dans les Méditationes (1641) que Descartes pourra préciser sa définition des idées.

    Descartes était bien conscient des limites de sa première publication sur la métaphysique: "Pour votre seconde objection, à savoir que je n'ai pas expliqué assez au long, d'où je connais que l'âme est une substance distincte du corps, et dont la nature n'est que de penser, qui est la seule chose qui rend obscure la démonstration touchant l'existence de Dieu (3), j'avoue que ce que vous en écrivez est très vrai, et aussi que cela rend ma démonstration touchant l'existence de Dieu malaisée à entendre. Mais je ne pouvais mieux traiter cette matière, qu'en expliquant amplement la fausseté ou l'incertitude qui se trouve en tous les jugements qui dépendent du sens ou de l'imagination, afin de montrer ensuite quels sont ceux qui ne dépendent que de l'entendement pur, et combien ils sont évidents et certains. Ce que j'ai omis tout à dessein, et par considération, et principalement à cause que j'ai écrit en langue vulgaire, de peur que les esprits faibles venant à embrasser d'abord avidement les doutes et scrupules qu'il m'eût fallu proposer ne pussent après comprendre en même façon les raisons par lesquelles j'eusse tâché de les ôter, et ainsi que je les eusse engagés dans un mauvais pas, sans peut-être les en tirer. Mais il y a environ huit ans que j'ai écrit en latin un commencement de Métaphysique (4), où cela est déduit assez au long, et si l'on fait une version latine de ce livre, comme on s'y prépare, (5) je l'y pourrai faire mettre. Cependant je me persuade que ceux qui prendront bien garde à mes raisons touchant l'existence de Dieu, les trouveront d'autant plus démonstratives, qu'ils mettront plus de peine à en chercher les défauts, et je les prétends plus claires en elles-mêmes qu'aucune des démonstrations des géomètres en sorte qu'elles ne me semblent obscures qu'au regard de ceux qui ne savent pas abducere mentem a sensibus, suivant ce que j'ai écrit en la page 38 (6).". (lettre à Mersenne du 20 avril 1637, AT I, 349-350; O VIII 1, 139; B 104).

    (4) En 1629 (à Gibieuf, 18 juillet 1629, AT I, 17 l. 7, B17; à Mersenne, 15 avril 1630, AT I, 144 l. 19, B30).

    (5) La traduction latine du Discours et des Essais (sauf la Géométrie), œuvre d'Étienne de Courcelles, n’apparut qu’en 1644. CM suggère qu’un projet a pu se constituer dès 1637 avec le jeune Van Schooten, qui publia en 1649 une traduction latine de la Géométrie.

    (6) AT VI, 37 [O III, 105] (« qu’ils n’élèvent jamais leur esprit au-delà des choses sensibles »). Voir les objections soulevées par Petit (lettre des 17-27 mai 1638, AT II, 144, l. 13-21; [O VIII 1, 187] B 167).

    La Cinquième partie (AT VI 40-60 [O III, 108-121])est un résumé du Monde et de ses études de physiologie, "particulièrement l'explication du mouvement du cœur" (AT VI, 1 [O III, 81]) commencés en 1629 ("je veux commencer à étudier l'anatomie", lettre à Mersenne du 18 décembre 1629, AT I, 102), après la découverte par William Harvey de la circulation du sang (Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus, Francfurt 1628), cfr. la référence au "médecin d'Angleterre" (AT VI, 51 [O III, 115]).

    "La première mention d'un «médecin», dans la correspondance de Descartes, figure dans la lettre au Père Mersenne du 8 octobre 1629, [AT I, 25; O VIII 1, 30; B 19] où Descartes écrit: «Pour la raréfaction, je suis d'accord avec ce médecin (27), et (28) ai maintenant pris parti touchant tous les fondements de la Philosophie ; mais peut-être que je n'explique pas l'œther comme lui. (29)»".

    (27) Selon AT (I 30n), il s'agirait du médecin Christophe Villiers (1596-1661/70); mais CM (II 302 n. 2) propose Sébastien Basson, qui introduisit dans une physique corpusculaire l'hypothèse de l'éther pour expliquer les phénomènes de raréfaction et, de façon plus générale, le vide (Philosophiae naturalis adversus Aristotelem librì XII, Genève, 1621). Il fut lu par Beeckman (au printemps 1623, Beeckman II 243), et par Merline (Quaestiones in Genesim, 1623, col. 1838 ; Impiété des déistes, 1624, I, p. 238) ; Descartes le cite (parmi les novatores, entre Giordano Bruno (Giulio Cesare Vanini) dans une lettre à Beeckman (lettre du 17 octobre 10, AT I, 158, B 34). Dans les Regulae (AT X, 424 1. 13), Descartes envisage au-delà de l'air un éther très pur sur le modèle de Basson. Descartes nie le vide dans le Monde (il y travaille à partir de la fin de 1629) et dans ses lettres de février-avril 1630. C'est probablement de lui que Descartes écrit à Huygens : « Il n’est vaillant qu'à détruire les opinions d'Aristote » 8 mars 1636, AT I, 603; [O VIII 2, 20] B 84).

    (28) Clerselier Lettres : « ai pris parti là-dessus, comme sur presque tous les fondements de la Physique ».

    (29) Clerselier Lettres : « Lorsque j'aurai l'honneur de vous voir, nous aurons moyen de nous en entretenir plus particulièrement », add.

    La Sixième partie (AT VI 40-78 [O III, 121-133]) a été rédigée dans les derniers mois du 1635, comme préface de la Dioptrique et des Météores.

    "Or comme ce n'est pas des racines, ni du tronc des arbres, qu'on cueille les fruits, mais seulement des extrémités de leurs branches, ainsi la principale utilité de la Philosophie dépend de celles de ses parties qu'on ne peut apprendre que les dernières. Mais, bien que je les ignore presque toutes, le zèle que j'ai toujours eu pour tâcher de rendre service au public est cause que je fis imprimer, il y a dix ou douze ans, quelques essais des choses qu'il me semblait avoir apprises. La première partie de ces essais fut un Discours touchant la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, où je mis sommairement les principales règles de la Logique et d'une Morale imparfaite, qu'on peut suivre par provision pendant qu'on n'en sait point encore de meilleure. Les autres parties furent trois traités : l'un de la Dioptrique, l'autre des Météores, et le dernier de la Géométrie." Lettre-Préface aux Principes de philosophie (AT IX-2, 15).

  28. ———. 1637. La Dioptrique.

    AT VI, 81-226; B Op. I, 118-311; O III, 148-262.

    La Dioptrique est le premier essai composé par Descartes : les premières notes sur l'optique et la réfraction sont dans les Cogitationes privatae de 1619-20 (AT X, 242-247); en 1632 Descartes écrit à Golius "je fis tailler un verre, il y a cinq ans" lettre du 2 février 1632 (AT I, 239, note; O VIII 1, 1023, n. 36; B 50) ; la composition de la Dioptrique pourrait donc être initiée en 1628. (Sur les relations de La Dioptrique avec Le Monde et L'Homme voir les notes à ces textes).

    Dans le XVII siècle avec le terme Dioptrique était utilisé pour la théorie de la réfraction: "La troisième [partie de l'Optique] enseigne comment nous voyons par rayons qui sont rompus, comme quand nous regardons un bâton qui est partie dans l'eau, partie dans l'air et se nomme Dioptrique, ou Mesoptrique, parce qu'elle considère la façon par laquelle les rayons passent par les milieux divers, comme quand il traversent l'air, l'eau, et le verre en même instant: on pourrait ainsi nommer cette partie Anaclastique, ou Diaclastique. L'art de la peinture dépend de ces 3 parties." Marin Mersenne, La Vérité des sciences contre les Septiques [sic] ou Pyrrhoniens, Paris: 1625, pp. 229-230 (édition moderne: La Vérité des sciences contre les Sceptiques ou Pyrrhoniens. Édition et annotation par Dominique Descotes, Paris: Champion, 2003.

    Descartes la cite dans une lettre à Mersenne du 25 novembre 1630: "J'y veux insérer un discours où je tâcherai d'expliquer la nature des couleurs et de la lumière, lequel m'a arrêté depuis six mois, et n'est pas encore à moitié fait ; mais aussi sera-t-il plus long que je ne pensais, et contiendra quasi une physique tout entière (8) ; en sorte que je prétends qu'elle me servira pour me dégager de la promesse que je vous ai faite, d'avoir achevé mon Monde dans trois ans (9), car c'en sera quasi un abrégé. Et je ne pense pas après ceci a me résoudre jamais plus de faire rien imprimer, au moins moi vivant : car la fable de mon Monde (10) me plaît trop pour manquer à la parachever, si Dieu me laisse vivre assez longtemps pour cela; mais je ne veux point répondre de l'avenir. Je crois que je vous enverrai ce Discours de la lumière, sitôt qu'il sera fait, et avant que de vous envoyer le reste de la Dioptrique" (AT I, 179; O VIII 1, 83; B 36).

    (8) Voir à Mersenne, 13 novembre 1629 (AT I, 70 l. 6-11, B 23) et 18 décembre 1629 (AT I, 85 l. 6-86 l. 1; [O VIII 1, 33] B 25).

    (9) Voir à Mersenne, 15 avril 1630 (AT I 137 l. 15-17; [O VIII 1, 68] B 30).

    (10) Voir à Mersenne, 13 novembre 1629 (AT I 70; [O VIII 1, 33] B 23).

    "En fait, il semble que Descartes, loin d'avoir envoyé ce Discours de la lumière « avant le reste de la Dioptrique », en ait ajourné la mise au point ; car au cours de l'année 1632, il qualifie à deux reprises de « première partie » ce qui, dans la rédaction définitive, constitue le Discours second, consacré à la réfraction (15). Par contre, ce Discours de la lumière, qui devait être un abrégé du Monde, prend de telles proportions qu'il devient bientôt un Traité de la Lumière appelé à couvrir tout le champ de la Physique (16).

    Dernière remarque enfin : le Monde est « presqu'achevé » en juillet 1633 (17), la Dioptrique « entièrement », dans le courant de 1635 (18), les Météores, repris en main une fois la Dioptrique terminée, en 1636 (19). Ces détails chronologiques un peu vétilleux, pour ne pas dire fastidieux, permettent d'affirmer qu'entre 1629 et 1636, Descartes a mené de front les trois traités, quitte à interrompre l'un pour se consacrer à tel autre (20)." (pp. 290-291), Simone Martinet, "Rôle du problème de la lumière dans la construction de la science cartésienne", XVIIe siècle, n° 136, 1982, pp. 285-309.

    (15) Voir [à Golius], [janvier 1632], I, p. 235 [O VIII 1, 644-645; B 49], et à Mersenne, [juin 1632], I, p. 255 [O VIII 1, 102-103; B 55].

    (16) Voir à Mersenne, 23 décembre 1630 : « Je vous dirai que je suis maintenant après à démêler le chaos pour en faire sortir de la lumière, qui est l'une des plus hautes et plus difficiles matières que je puisse jamais entreprendre, car toute la physique y est presque comprise (5)», I, p. 194 [O VIII 1, 88; B 40].

    (5) Descartes est en train de rédiger son Monde, ou Traité de la lumière : Il insiste sur son importance à plusieurs reprises (à Mersenne, 13 novembre 1629, AT I, 70 l. 6-11, [O VIII 1, 33] B 23; 25 novembre 1630, AT I, 179 l. 10, [O VIII 1, 83] B 36, et au P. Vatier, 22 février 1638, AT I 562 l. 10 sq., [O VIII 1, 576] B 149).

    (17) À Mersenne, 22 juillet 1633, AT I, p. 268 [O VIII 1, 107] B 59].

    (18) Voir à Mersenne, date difficile à préciser [mars 1635 ?], AT I, p. 322 [O VIII 1, 121; B 75], et à Huygens, 1 novembre 1635, AT I, p. 591 [O VIII 2, 14; B 77].

    (19) Voir à Huygens, 1 novembre 1635, AT I, p. 591 [O VIII 2, 14; B 77], et Météores, Disc. VI, p. 298, qui relate une observation personnelle « faite l'hiver passé 1635 ».

    (20) De telle sorte qu'il n'est pas étonnant qu'il soit fait référence à la Dioptrique, dans le Monde, achevé pourtant antérieurement (cf. Traité de la Lumière ou Monde, ch. II, p. 9, ch. XIV, p. 102, ch. XV, p. 106) et dans les Météores, commencés, sinon terminés plus tôt (Météores, Disc. I, p. 233 et p. 234 ; Disc. V, p. 279; Disc. VIII, p. 331 et p. 337). Et que, inversement, Descartes se retranche volontiers derrière le « Traité qui contient tout le corps de [sa] Physique », soit pour justifier le statut des « suppositions « qui sont avancées au début de chacun des Essais (cf. Discours de la méthode, VI partie, p. 76), soit pour répondre à des questions ou à des objections qui lui sont adressées après la publication des Essais, cf. [à Vatier], [22 février 1638], AT I, p. 562 [O VIII 1, 575; B 149] ; à Ciermans, [23 mars 1638], AT II, p. 71 et p. 74 [B 159] ; à Morin, [13 juillet 1638], AT II, p. 201 [O VIII 2, 466-467; B 172] ; à Mersenne, 9 janv. 1639 et 19 juin 1639, AT II, p. 483 [O VIII 1, 310-311; B 200] et p. 564 O VIII 1, 336-337; B 216].

    En janvier 1632 la première partie (Discours I et II) est terminée : "Au reste pour ce que vous me mandez, et que M. H[ortensius] (4) me témoigne que vous désirez voir de ma Dioptrique, je vous en envoi la première partie (5), ou j'ai tâché d'expliquer la matière des réfractions, sans toucher au reste de la philosophie." (lettre à Golius du janvier 1632, AT I 235; O VIII 1, 644-645; B 49).

    (4) Clerselier-Lettres: "H." ; AT complète par le nome de Martin Van de Hove (Hortensius, 1605-1639), mathématicien et astronome.

    (5) Dioptrique I et II (AT VI 81-105 [O III, 148-262])

    Dans l'automne 1635 Descartes écrit : "Pour les lunettes, je vous dirai que depuis la condamnation de Galilée (4), j'ai revu et entièrement achevé le Traité que j'en avais autrefois commencé (5) ; et l'avant entièrement séparé de mon Monde, je me propose de le faire imprimer seul dans peu de temps (6)." (lettre à X (Mersenne?), AT I 322 [O VIII 1, 121; B 75).

    (4) Descartes est souvent revenu dans ses lettres à Mersenne sur la condamnation de Galilée (1633) : fin novembre 1633 (AT I 270-273, [O VIII 1, 107-109] B 60); février 1634 (AT I 281-282, [O VIII 1, 109-110] B 63); 15 mai 1634 (AT I 298-299, [O VIII 1, 117-118] B 66).

    (5) La rédaction de la Dioptrique, dont Descartes a souvent entretenu Mersenne (25 novembre 1630, AT I 182 l. 13 sq., [O VIII 1, 85] B 36; juin 1632, AT I 254 l. 3 sq., [O VIII 1, 102] B 55).

    (6) En effet, Descartes écrit à Golius le 16 avril 1635 [AT I 314-316; O VIII 1, 647-648; B 71] : « Monsieur de Zuylichem (4), que j'ai eu l'honneur de voir ces jours à Amsterdam (5), après avoir eu la patience d'ouïr lire une partie de ma Dioptrique... » et envoie à Huygens une copie du texte le 25 avril 1635 (AT I 585-586, [O VIII 2, 13-14] B 72).

    (4) Descartes venait de rencontrer Constantin Huygens (Monsieur de Zuylichem) à Amsterdam, du 29 mars au 6 avril 1635 (Dagboek [Dagboek Van Constantijn Huygens, éd. J. H. W. Hunger, Bijlage Van Oud-Holland, IIIe année, viii-88-14-viii pages, Amsterdam 1885], p. 26).

    (5) Voir à Wilhem, 23 mai 1632 (AT I, 253-254, [O VIII 2, 1] B 54), et à Huygens, 11 décembre 1635 (AT I, 597-601, [O VIII 2, 17-19] B 80).

    Le texte est terminé en 1635 : lettre à Golius du 16 avril 1635, AT I 314-316; O VIII 1, 647-648; B 71.

    "En la Dioptrique, la matière des réfractions et l'invention des lunettes, j'y parle aussi fort particulièrement de l'Œil, de la Lumière, de la Vision, et de tout ce qui appartient à la Catoptrique et à l'Optique." (lettre à Mersenne du mars 1636 AT I, 338-340; O VIII 1, 134-136; B 83).

    "Par la Dioptrique, j'eus dessein de faire voir qu'on pouvait aller assez avant en la Philosophie, pour arriver par son moyen jusques à la connaissance des arts qui sont utiles à la vie, à cause que l'invention des lunettes d'approche, que j'y expliquais, est l'une des plus difficiles qui aient jamais été cherchées. Par les Météores, je désirai qu'on reconnût la différence qui est entre la Philosophie que je cultive et celle qu'on enseigne dans les écoles où l'on a coutume de traiter de la même matière." Lettre-Préface aux Principes de philosophie (AT IX-2, 15).

  29. ———. 1637. Les Météores.

    AT VI, 231-376; B Op. I, 314-487; O III, 284-390.

    L'origine des Météores est le phénomène des parhélies (faux soleils) observé a à Frascati le 20 mars 1629 par le Jésuite Christoph Scheiner (1573-1650).

    "Le 20 de mars on avait vu dans cette ville cinq soleils en même temps, c'est-à-dire quatre parhélies ou faux soleils autour du Soleil. Le P. Scheiner jésuite allemand, qui était pour lors à Rome, en avait fait l'observation avec quelques autres mathématiciens du lieu ; et le cardinal Barberin qui était toujours fort zélé pour l'avancement des sciences en avait envoyé une description à M. de Peiresc conseiller au parlement de Provence, avec la figure du phénomène. Monsieur Peiresc en avait fait faire plusieurs copies, pour communiquer la chose à tous les savants de sa connaissance, et pour les exciter à donner leurs réflexions sur le phénomène." (Baillet I, 188).

    "C'est à cette observation des parhélies, que le public est redevable en partie du beau traité des Météores que M. Descartes lui donna quelques années après. Il interrompit ses Méditations métaphysiques, pour examiner par ordre tous les météores ; et il travailla plusieurs jours sur cette matière, avant que d'y trouver de quoi se satisfaire. " (Baillet I, 191).

    Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637), ayant reçu la relation directement de C. Scheiner en donna des copies à Pierre Gassendi.

    Ayant reçu une copie de Gassendi, Henri Reneri la publia avec le titre Phaenomenon rarum et illustre Romae observatum 20 Martij Anno 1629, (Amsterdam 1629) et en envoya une copie manuscrite à Descartes en juillet 1629 : "Car je n'ai point l'esprit assez fort, pour l'employer en même temps à plusieurs choses différentes, et comme je ne trouve jamais rien que par une longue traînée de diverses considérations, il faut que je me donne tout à une matière, lorsque j'en veux examiner quelque partie. Ce que j'ai éprouvé depuis peu, en cherchant (4) la cause de ce phénomène duquel vous m'écrivez (5) ; car il y a plus de deux mois (6) qu'un de mes amis (7) m'en a fait voir ici une description assez ample, et m'en ayant demandé mon avis, il m'a fallu interrompre ce que j'avais en main (8), pour examiner par ordre tous les Météores, auparavant que je m'y sois pu satisfaire. Mais je pense maintenant en pouvoir rendre quelque raison, et suis résolu d'en faire un petit traité (9) qui contiendra la raison (10) des couleurs de l'arc-en-ciel (11), lesquelles m'ont donné plus de peine que tout le reste, et généralement tous les phénomènes sublunaires." (lettre à Mersenne du 8 octobre 1629, AT I, 22-23; O VIII 1, 29-30; B19).

    (4) Clerselier-lettres : "pour trouver".

    (5) Le jésuite romain Scheiner avait observé quatre parhélies (faux soleils) à Frascati le 20 mars 1629. Ces observations ont été connue de toute l'Europe savante par le relais de Peiresc, à qui le cardinal Barberini avait fait parvenir une copie. Gassend, informé par les frères Dupuy, s'employa à les expliquer, en particulier auprès de Peiresc, et au cours de son voyage en Flandres et aux Pays-Bas (été 1629), de Beeckman et de Reneri. La « description assez ample » dont parle Descartes peut être son explication Phaenomenon rarum et illustre Romæ observatum, dont le texte imprimé semble n'avoir été diffusé qu'en novembre-décembre 1629, mais qui fut remis par Gassend à Reneri le 14 juillet (voir lettre de Gassend à Peiresc, 21 juillet 1629, CM II 244 et 247n).

    (6) Clerselier-lettres : « trois mois ».

    (7) Henri Reneri, en juillet 1629. Il s'inscrit comme étudiant à Leyde le 13 octobre 1629.

    (8) Le « petit traité de métaphysique », « commencé en Frise », dont Descartes parle à plusieurs reprises (à Mersenne, 15 avril 1630; AT I 136, [O VIII 1, 67] B 30; 25 novembre 1630, AT I 182, [O VIII 1, 85] B 36; vers le 20 avril 1637 AT I 350, [O VIII 1, 139] B 104; à Gibieuf, 18 juillet 1629, AT I 17, [O VIII 2, 790] B 17) est soit une première version des Meditationes, soit un « traité sur la divinité » (Baillet I, 170-171 et 190).

    (9) Le huitième discours des Météores (qui paraîtra dans les Essais de 1637) ; le dixième discours porte sur les parhélies.

    (10) Clerselier-lettres : « l'explication ».

    (11) Descartes avait pu voir en Italie les arcs-en-ciel artificiels des fontaines de Tivoli.

    Descartes retourne sur le sujet dans une lettre à Mersenne du 13 novembre 1629 : "Je suis bien marri de la peine que je vous ai donnée de m'envoyer ce phénomène (2), car il est tout semblable à celui que j'avais vu. Je ne laisse pas de vous en avoir très grande obligation, et encore plus de l'offre que vous me faites de faire imprimer ce petit traité que j'ai dessein d'écrire ; mais je vous dirai qu'il ne sera prêt de plus d'un an. Car depuis le temps que je vous avais écrit il y a un mois, je n'ai rien fait du tout qu'en tracer l'argument, et au lieu d'expliquer un phénomène seulement, je me suis résolu d'expliquer tous les phénomènes de la nature c'est-à-dire toute la physique. Et le dessein que j'ai me contente plus qu'aucun autre que j'aie jamais eu, car je pense avoir trouvé un moyen pour exposer toutes mes pensées en sorte qu'elles satisferont à quelques-uns et que les autres n'auront pas occasion d'y contredire." (AT I 70; O VIII 1, 32-33; B 23).

    (2) Sur les parhélies, comme sur le « petit traité », voir la lettre 4 (AT I, 23; [O VIII 1, 29] B 19.

    Lettre à Constantin Huygens du 1 novembre 1635 : "J'ai dessein d'ajouter les Météores à la Dioptrique, et j'y ai travaillé assez diligemment les deux ou trois premiers mois de cet été (4), à cause que j'y trouvais plusieurs difficultés que je n'avais encore jamais examinées, et que je démêlais avec plaisir. Mais il faut que je vous fasse des plaintes de mon humeur : sitôt que je n'ai plus espéré d'y rien apprendre, ne restant plus qu'à les mettre au net, il m'a été impossible d'en prendre la peine, non plus que de faire une préface que j'y veux joindre (5); ce qui sera cause que j'attendrai encore deux ou trois mois avant que de parler au libraire." (AT I, 592; O VIII 2, 15; B 77).

    (4) Dès février 1635, il avait noté des observations sur la chute de la neige (voir F. C. Frank, « Descartes' Observations on the Amsterdam Snowfalls of 4, 5, 6 and 9 February 1635 », Journal of Glaciology, 13, 1974, p. 535-539).

    (5) [Première allusion au Discours de la méthode :] Le livre envisagé devait réunir la Dioptrìque, les Météores et une préface (qui deviendra le Discours de la méthode). Descartes annoncera l’addition de la Géométrie dans la lettre à Mersenne de mars 1636 (AT I, 339 l. 16, [O VIII 1, 135; B 83) et racontera au P. Deriennes : « [...] c'est un traité que je n'ai quasi composé que pendant qu’on imprimait mes Météores, et même j'en ai inventé une partie pendant ce temps-là » (AT I, 457-458, à Deriennes 22 février 1638, [O VIII 2, 578-579] B 147).

    "Au reste, si M. Gassendi a quelques autres remarques touchant la neige, que ce que j'ai vu dans Kepler, et remarqué encore cet hiver, de Nive sexangula et grandine acuminata (7), je serai bien aise de l'apprendre ; car je veux expliquer les météores le plus exactement que je pourrai (8)." (lettre à Mersenne, 4 mars 1630, AT I, 127 O VIII 1, 62; B 28).

    (7) Kepler a publié en 1611 le traité De nive sexangula et grandine acuminata.

    (8) Descartes a dû connaître (par Mersenne) l'observation de Gssend; (à la fin de son Examen du 4 février 1629 : voir Gassend 4 février 1629 (CM II 196-199).

    Dans une lettre à Chanut du 6 mars 1646, Descartes écrit : "Une seule observation que je fis de la neige hexagone, en l'année 1635, a été cause du traité que j'en fait (5)." (AT IV, 377; O VIII 2, 668; B 545).

    (5) Dans les Météores VI (AT VI 298 1. 8 sq. [O III, 329]); (observation du 5 février 1635 (voir AT XI, 623-624 et 626-627) ; voir à Mersenne, 4 mars 1630 (AT I, 127, [O VIII 1, 62] B 28) et 30 août 1640 (AT III 166, [O VIII 1, 404] B 269 : longue note dans E. Lojacono (éd.), Opere scientifiche di René Descartes, t. 2, Turin, Classici UTET, 1983, p. 434.

    Voir AT XI, p. 635 : "Par un vent du nord, avec neige et verglas la veille. Les grains de neige étaient de cette grosseur, ils ressemblaient à l'humeur cristalline de l'œil, étaient transparents, et j'en ai remarqué un ou deux qui avaient autour d'eux six rayons très-courts, tirant sur le blanc pâle, et surpassant la glace. Ce même jour, 5 février [1635], j'ai noté une grande diversité d'étoiles de neige. D'abord quelques lames solides taillées en hexagone, d'une parfaite transparence, polies et minces, de grandeurs égales." (texte en latin; traduction de Foucher de Careil, p. 81).

    "Aux Météores, je m'arrête principalement sur la nature du Sel, les causes des Vents et du Tonnerre, les figures de la Neige, les couleurs de l'Arc-en-Ciel, où je tâche aussi à démontrer généralement quelle est la nature de chaque Couleur, et les Couronnes, ou Halones, et les Soleils, ou Parhelia, semblables à ceux qui parurent à Rome il y a six ou sept ans." (lettre à Mersenne, mars 1636, AT I 340; O VIII 1, 135; B 83).

    "Par les Météores, je désirai qu'on reconnût la différence qui est entre la Philosophie que je cultive et celle qu'on enseigne dans les écoles où l'on a coutume de traiter de la même matière." Lettre-Préface aux Principes de philosophie (AT IX-2, 15).

  30. ———. 1637. La Géométrie.

    AT VI, 368-485; B. Op. I, 490-653; O III, 415-512.

    Une traduction latine par Frans Van Schooten (le jeune) (1615-1661) paru à Leyde: Maire 1649.

    La Géométrie est le seul ouvrage mathématique publié par Descartes et résume les résultats de 19 années de recherches ; sa rédaction l'a occupé dans les premiers mois de 1637: "C'est un traité que je n'ai quasi composé que pendant qu'on imprimait mes Météores, et même j'en ai inventé une partie pendant ce temps-là (4); mais je n'ai pas laissé de m'y satisfaire, autant ou plus que je ne me satisfais d'ordinaire de ce que j'écris." (lettre à Jean Deriennes du 22 février 1638 (AT I, 458; O VIII 1, 578-579; B 147).

    (4) La Dioptrique était prête pour l'impression dès octobre 1635 (Huygens à Descartes, 28 octobre 1635, AT I, 588 l. 5-6, B 76).

    Lettre à Mersenne, fin décembre 1637: "Et je ne suis pas bien aise d'être obligé de parler avantageusement de moi-même; mais parce qu'il y a peu de gens qui puissent entendre ma Géométrie, et que vous désirez que je vous mande quelle est l'opinion que j'en ai, je crois qu'il est à propos que je vous dise qu'elle est telle, que je n'y souhaite rien davantage; et que j'ai seulement tâché par la Dioptrique et par les Météores de persuader que ma méthode est meilleure que l'ordinaire, mais je prétends l'avoir démontré par ma Géométrie." (AT I, 477; O VIII 1, 149; B 136).

    Sur la difficulté de l'œuvre voir:

    l'Avertissement : "Jusques ici j'ai tâché de me rendre intelligible à tout le monde ; mais, pour ce traité, je crains qu'il ne pourra être lu que par ceux qui savent déjà ce qui est dans les livres de Géométrie: car, d'autant qu'ils contiennent plusieurs vérités fort bien démontrées, j'ai cru qu'il serait superflu de les répéter, et n'ai pas laissé, pour cela, de m'en servir." (AT VI 368)

    et la lettre à Florimond de Beaune du 20 février 1639: "J'ai été extrêmement aise de voir vos Notes (*) sur ma Géométrie (2); et je puis dire, avec vérité, que je n'y ai pas trouvé un seul mot qui ne soit entièrement selon mon sens. En sorte que j'ai admiré que vous ayez pu reconnaître des choses que je n'y ai mises qu'obscurément (3), comme en ce qui regarde la généralité de la méthode, et la construction des lieux plans et solides, etc.

    (...)

    Toutefois je puis assurer que je n'ai rien omis de tout cela qu'à dessein, excepté le cas de l'asymptote que j'ai oublié. Mais j'avais prévu que certaines gens, qui se vantent de savoir tout, n'eussent pas manqué de dire que je n'avais rien écrit qu'ils n'aient su auparavant, si je me fusse rendu assez intelligible pour eux ; et je n'aurais pas eu le plaisir, que j'ai eu depuis, de voir l'impertinence de leurs objections. Outre que ce que j'ai omis ne nuit à personne ; car pour les autres, il leur sera plus profitable de tâcher à l'inventer d'eux-mêmes, que de le trouver dans un livre. Et pour moi, je ne crains pas que ceux qui s'y entendent m'imputent aucune de ces omissions à ignorance ; car j'ai partout eu soin de mettre le plus difficile, et de laisser seulement le plus aisé." (AT II, 510-512; O VIII 2, 691-692; B 203).

    (2) Voir à Mersenne, 9 février 1639 (AT II, 499 l. 20-24, [O VIII 1, 320] B 202). Les Notes brèves de Debeaune [dans le texte originel français] ont été publiées dans AM III 353-401 (voir aussi la lettre de Debeaune à Schooten, 1648-1649 dans AM III 321-322).

    (*) [Ces Notes seront publiées dans la traduction latine de la Géométrie en 1649: In geometriam Renati Descartes notæ breves, Amsterdam, 1659.]

    Après la publication, Descartes ne montre plus d'intérêt pour la géométrie : "Mais n'attendez plus rien de moi, s'il vous plaît, en géométrie; car vous savez qu'il y a longtemps que je proteste de ne m'y vouloir plus exercer, et je pense pouvoir honnêtement y mettre fin." (à Mersenne, 12 septembre 1638, AT II, 361-362; O VIII 1, 273-274; B 187).

    "Enfin, en la Géométrie, je tâche à donner une façon générale pour soudre tous les problèmes qui ne l'ont encore jamais été. Et tout ceci ne fera pas, je crois, un volume plus grand que de cinquante ou soixante feuilles (8). Au reste, je n'y veux point mettre mon nom, suivant mon ancienne résolution (9), et je vous prie de n'en rien dire à personne, si ce n'est que vous jugiez à propos d'en parler à quelque libraire, afin de savoir s'il aura envie de me servir, sans toutefois achever, s'il vous plaît, de conclure avec lui, qu'après ma réponse ; et sur ce que vous me ferez la faveur de me mander, je me résoudrai." (lettre à Mersenne du mars 1636, AT I, 340; O VIII 1, 136; B 136).

    (8) Le volume imprimé fera 66 feuilles, dont 10 pour le Discours.

    (9) Voia à Mersenne, 25 novembre 1630 (AT I, 179-180; [O VIII 1, 83-64] B 36.

    "Enfin, par la Géométrie, je prétendais démontrer que j'avais trouvé plusieurs choses qui ont été ci-devant ignorées, et ainsi donner occasion de croire qu'on en peut découvrir encore plusieurs autres, afin d'inciter par ce moyen tous les hommes à la recherche de la vérité." Lettre-Préface aux Principes de philosophie (AT IX-2, 15).

  31. ———. 1637. Explication des engins par l'aide desquels on peut avec une petite force lever un fardeau fort pesant [Traité de mécanique].

    AT I, 435-447; B 129; O III, 568-577.

    Le texte est annexe à la lettre à Constantin Huygens du 5 octobre 1637 ; la première édition est celle publiée en 1668 par Nicolas Poisson avec le Compendium musicae.

  32. ———. 1638. Calcul de Mons. Des-Cartes.

    AT X 659-680; édition critique par Fréderic de Buzon in B Op. II, 1472-1528.

    Dans le dernier paragraphe d'une lettre à Claude Mydorge du 1 mars 1638, Descartes écrit: "Si vous désirez que je vous envoie quelques adresses particulières touchant le calcul, j'ai ici un ami qui s'offre de les écrire (27), et je m'y offrirais bien aussi, mais j'en suis moins capable que lui, à cause que je ne sais pas si bien remarquer en quoi on peut trouver de la difficulté." (AT II 23; O VIII 1, 672; B152).

    (27) Il s'agit de l'Introduction à la Géométrie, ou Introduction au Calcul de Monsieur Descartes, attribuée à Godefroid Van Haestrecht [1592/93 - 1659] (voir la présentation de F. de Buzon, in B Op. II, 1465-1529).

    De ce document, il y a trois manuscrits :

    1) H : retrouvé par Charles Adam dans la Bibliothèque Royale de Hanovre parmi les papiers de Leibniz et publié dans AT X.

    2) L : retrouvé par Cornelis de Waard en 1917 parmi les papiers de Charles Cavendish et publié dans Charles Adam et Gaston Milhaud (éds.) René Descartes. Correspondance, Paris, Alcan 1936-, vol. III, pp. 323-352.

    3) M : retrouvé par Frédéric de Buzon parmi les manuscrits de Marcus Meibom à la Bibliothèque Royale de La Haye et publié dans B Op. II, 1473-1529 avec le titre: Recueil du Calcul, qui sert à la Géométrie du Sieur Des-Cartes.

  33. ———. 1639? De refractione.

    AT XI, 645-646; B Op. II, 1390-1393.

    La date précise de composition est incertaine.

  34. ———. 1640. Invention de la racine cubique des nombres binomes.

    AT III 188, l. 3 - 190, l. 19; nouvelle édition reprise de l'édition Costabel: AT V 612-615; B Op. II, 1440-1447.

    Première édition : Pierre Costabel, "Descartes et la racine cubique des nombres binômes", Revue d'histoire des sciences, 22, 1969, pp. 97-116 (texte au pp. 99-102); repris dans P. Costabel, Démarches originales de Descartes savant, Paris, Vrin, 1982, pp. 122-126.

    "Le document illustre la phase ultime du débat engagé en 1639 entre Stampioen et Waessenaer, celui-ci agissant pour le compte de Descartes. "(p. 97).

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