Theory and History of Ontology

by Raul Corazzon | e-mail: rc@ontology.co

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Les Listes Anciennes des Ouvrages d'Aristote : Deuxième Partie

Hésychius de Milet et Ptolémée el-Garib

Première Partie : Diogène Laërce, Vies, V 22-27

 

A) La Vita Menagiana ( Anonymus Menagii) attribuée à Hésychius de Milet

LES ÉTUDES DE PAUL MORAUX

1) Le livre Les listes anciennes des ouvrages d'Aristote, Louvain : Éditions universitaires, 1951

“La Vita Menagiana d'Aristote (1) se termine par une liste d'ouvrages dont la première partie ressemble fort à la liste de Diogène. Même si cette vie anonyme n'est autre que l'article ' Aristoteles' de l' Onomatologue d'Hésychius de Milet (2), son origine demeure obscure, car les sources d'Hésychius n'ont pas encore été identifiées avec certitude (3). Il est donc impossible d'en déterminer a priori les rapports avec Diogène Laërce.

La liste anonyme se divise en trois parties. La première compte cent trente-neuf titres (4) et correspond à peu près à la liste de Diogène ; la seconde, plus courte, se compose de quarante-six titres, dont certains figurent déjà dans la première partie, tandis que d'autres sont nouveaux ; la troisième est faite de dix titres d'ouvrages donnés comme pseudépigraphes." pp. 195-196

(...)

"Vingt-cinq titres de la liste anonyme occupent une place différente de celle qu'ils ont chez Diogène ; ils ne sont cependant jamais fort éloignés de la place qu'ils devraient occuper si l'ordre des deux listes était identique.

L'ordonnance primitive de la liste a été conservée plus fidèlement par Diogène que par l'Anonyme. (...)

Un examen attentif de la liste anonyme permet d'affirmer que les déplacements de titres ne sont pas dus à une volonté formelle d'améliorer la liste ou d'y introduire un nouveau principe d'ordre.

De toute évidence, les modifications ont été exécutées sans but ; elles sont bien plus le produit d'un hasard aveugle que l'œuvre d'une intelligence ordonnatrice. Elles doivent, à notre avis, s'expliquer en grande partie par des accidents survenus au cours des copies successives de la liste. L'auteur de la Vita avait sous les yeux un catalogue qui s'était déjà altéré au cours des siècles, et les copistes qui nous transmirent la Vita ne manquèrent point d'ajouter encore aux fautes existantes. Il suffit, en effet, d'une légère distraction pour que l'on oublie plusieurs titres en transcrivant de semblables listes. Les copistes commettent souvent des omissions de ce genre ; ils tentent bien de réparer leurs bévues, en ajoutant en marge ou entre les lignes les titres oubliés. Mais ceux qui transcrivent un texte ainsi surchargé ne savent pas toujours où il faut insérer les additions : la porte est ouverte aux bouleversements de l'ordre primitif.

(...)

L'étude comparative des deux listes nous a permis d'arriver aux conclusions suivantes : la liste anonyme n'a pas été copiée directement sur celle de Diogène ; elle conserve en effet des vestiges d'un texte meilleur ou plus complet (6) ; la présence de ceux-ci serait incompréhensible si l'Anonyme ou sa source n'avait eu sous les yeux que le texte de Diogène. En outre, la liste anonyme contient cinq titres absents de celle de Diogène, ceux de la Métaphysique et de quatre écrits hypomnématiques ; or, le texte de Diogène présente justement une lacune de cinq titres dans la quatrième colonne, où devaient se trouver la Métaphysique et les hypomnemata : alors que les trois premières colonnes comptent trente-cinq titres, la quatrième n'en compte que trente. La conclusion s'impose : les cinq titres propres à l'Anonyme sont ceux qu'a perdus Diogène ; la liste anonyme ne peut donc pas dériver du texte lacuneux de Diogène. Heitz et Howald ont vu juste : les deux listes remontent à une source commune ; celle-ci est postérieure à la transcription du pinax en cinq colonnes, au déplacement du peri pathon, et de l' Éthique et à l'interpolation des Physiognomiques, des Iatrika, des Catégories et du De interpretatione ; elle présentait un certain nombre de fautes qui ont passé dans les deux listes, notamment des mauvaises coupes de titres (7) et des erreurs de lecture (...)

Le texte de Diogène demeure assez proche de sa source ; il en conserve fidèlement l'ordre ; de ci, de là, il laisse bien tomber l'un ou l'autre morceau de titre, mais ces suppressions n'ont, d'ordinaire, aucune gravité (11) ; son principal défaut est l'omission de cinq titres, dont celui de la Métaphysique.

Le texte de l'Anonyme présente des altérations de loin plus graves et plus nombreuses. Il n'est pas impossible d'établir en partie dans quel ordre celles-ci se sont succédé.

Certaines confusions de chiffres, notamment celles de 'α' avec 'γ' et de 'γ' avec 'δ' n'ont pu se produire que dans l'ancienne onciale ; elles sont antérieures à l'ère chrétienne (12). Or, ces fautes sont propres à la liste anonyme ; elles n'apparaissent pas chez Diogène. La source commune de l'Anonyme et de Diogène (le catalogue déjà fautif dérivant du pinax en cinq colonnes interpolé) ne les connaissait pas ; elle est donc nécessairement antérieure à l'ère chrétienne.

Les chiffres de quelques livres ont été corrigés intentionnellement, pour mettre la liste d'accord avec les éditions d'une époque donnée ; ces corrections doivent avoir été opérées après le premier tiers du second siècle de notre ère (13). La suppression des doublets et les corrections savantes de certains titres remontent vraisemblablement au personnage qui a jugé bon de rectifier les chiffres. D'autre part, la suppression des doublets est antérieure à l'addition de l'appendice : dans le cas contraire, le correcteur aurait supprimé les nombreux titres qui y font double emploi avec ceux de la première partie (tels sont : 145, 146, 147, 151, 153, 154, 161, 163, 167, 169, 171, 172, 174, 176 ?, 177, 181, 182). Les rectifications de chiffres sont, elles aussi, antérieures à l'addition de l'appendice ; autrement, un correcteur s'intéressant au nombre des volumina n'aurait pas toléré que plus de la moitié des titres de l'appendice manquent de cette indication bibliographique ; si son modèle avait laissé à désirer à ce point de vue, il l'aurait complété, du moins en partie, d'après les matériaux dont il disposait. L'addition de l'appendice fut faite après l'intervention du premier correcteur ; elle est donc postérieure au premier tiers du second siècle après J.-C.

Les modifications apportées à la forme des titres (addition de perí, de biblion, etc.) remontent à un autre correcteur ; celui-ci ne connaît guère le contenu des ouvrages dont il lit les titres et son intervention est parfois malheureuse : il fait précéder d'un perí, comme s'il s'agissait de traités théoriques, des listes de divisions ou des didascalies (...).

Quant aux bouleversements apportés à l'ordre primitif dans la liste anonyme, ils ne peuvent être datés ; il en va de même des fautes accidentelles affectant l'énoncé de certains titres.

Les transformations successives du catalogue sont représentées par le tableau suivant, que nous préciserons plus loin, quand nous aurons analysé l' appendix hesychiana." (pp. 204-209)

Aristotle's Catalogue

(*) Observationes et emendationes in Diogenem Laertium Paris 1663 (réimprimé à Londres 1664) : Observationibus ad librum V Diogenis Laertii, p. 202 ss. [Note de R. Corazzon]

(1) Cette vie anonyme fut éditée pour la première fois par Égide [Gilles]Ménage, en appendice à son édition de Diogène Laërce (*). Elle avait été communiquée à Ménage par un avocat d'Angers, Philippe Loyauté, qui ne dit point d'où il la tenait (cfr. [Aemilius] Heitz, Aristotelis Fragmenta [1869], p. 5) ; on la retrouve dans un manuscrit de Patmos, décrit par Tischendorf ( Wiener Jahrbücher, 110, Anz. Bl., p. 17), et dans le Codex Ambrosianus R 117. Les plus récentes éditions sont, à notre connaissance, celles de Flach dans Hesychii Milesii Onomatologi quae supersunt, Leipzig, 1883, pp. 245-249, et de Rose dans Aristotelis q. f. librorum fragmenta, Leipzig, 1886, pp. 9-18. [Voir la Bibliographie pour les éditions plus récentes].

(2) Rose a, le premier, défendu cette thèse dans son De Arist. libror. ord. et auctoritate, Berlin, 1854, pp. 48-50. La Vie anonyme et celle de Suidas se correspondent textuellement, à cette différence près, que Suidas ne donne pas la liste des œuvres. Or, on sait que la source principale de Suidas est, pour les parties biographiques de l'ouvrage, l' Épitomé de l' Onomatologue d'Hésychius (cfr. Suidas, s. v. Hesuchios, et A. Adler, dans RE, s. v. Suidas, col. 706-707). La Vie anonyme est donc tirée de l' Onomatologue non encore abrégé. Cette thèse est admise entre autres par Susemihl, Aristoteles Politik, p. XLIII ; Schneider, Callimachea, II, p. 26 ; Heitz, Die verlorenen Schriften des Aristoteles, p. 15 et Aristotelis, Fragmenta, p. 5 ; Nietzsche, dans Rheinische Museum, XXIV, 1869, p. 216 ; Maass, De biographis graecis, pp. 81 et 119 ; G. Wentzel, Hesychiana, dans Hermes, XXXIII, 1898, p. 276, et H. Schultz, dans RE, s. v, Hesychios 10. Elle est rejetée par Flach, Untersuchungen zu Suidas und Eudokia, Leipzig, 1879, p. 93, que nous n'avons pas pu consulter, et Hesych. Mil. Onomat., p XIX, note 1, où l'auteur ne donne aucun argument.

(3) L'état de la question est résumé par H. Schultz, l.l., qui conclut qu'aucun résultat certain n'est acquis.

(4) l'édition de Ménage, don Heitz, Aristotelis Fragmenta, pp. 5-9 reproduit la liste, est fautive et lacuneuse ; Rose, Aristotelis g. f. librorum fragmenta, Leipzig, 1886, l'a considérablement amendée.

(7) Dans Aristot. Opera, V, p. 1467, app. crit. ad 107.

(11) Zeller, Die Philosophie der Griechen, II, 2 p. 103, n. 1, sub fine.

12) Cfr supra, p. 202, n. 20.

Cfr supra, p. 203. Il ne faut pas s'étonner que le correcteur n'ait pas amendé les erreurs de chiffres résultant de confusions paléographiques : celles-ci affectaient, pour la plupart, des ouvrages qui n'étaient plus guère en circulation au second siècle après J.-C

2) Les écrits successifs de Paul Moraux sur la Vita Menagiana

(en préparation)

B) La liste de Ptolémée el Garib (en préparation)

"La liste de Ptolémée diffère, par plus d'un aspect, des documents étudiés jusqu'ici. Nous en connaissons l'auteur, du moins de nom. Nous savons aussi qu'elle est relativement récente : elle est postérieure aux classiques travaux d'Andronicus et date d'une époque où le corpus aristotélicien avait, à peu de chose près, pris la forme qu'il a conservée jusqu'aujourd'hui. Enfin, les témoins qui nous l'ont transmise sont très tardifs ; ce sont deux Arabes du début du treizième siècle ; comme bien on pense, les intermédiaires, et notamment les traducteurs, n'ont pas été sans faire subir au document plus d'une transformation.

Par bonheur, cette liste a, bien plus que les précédentes, retenu l'attention des érudits : les témoins arabes ont été traduits à plus d'une reprise et la liste elle-même a fait l'objet de bonnes monographies, au premier rang desquelles il convient de signaler celle de Baumstark. Notre tâche sera donc assez simple : nous résumerons à grands traits les résultats acquis ; nous redresserons, à l'occasion, l'une ou l'autre erreur de détail et surtout nous tâcherons de faire la lumière sur certaines questions qui n'ont pas intéressé nos devanciers. Étant donné la date de sa composition, la liste de Ptolémée ne présente d'ailleurs pour nous qu'un intérêt secondaire : elle nous servira de jalon pour montrer le chemin parcouru depuis Ariston, et, en outre, elle nous permettra de constater la longue survivance des principes d'ordre adoptés par ce pinacographe ; en revanche, comme elle est indubitablement postérieure à Andronicus, elle ne peut pas nous apprendre grand 'chose sur l'état du corpus avant l'activité de ce savant." (p. 289)

Paul Moraux, Les listes anciennes des ouvrages d'Aristote, Louvain : Éditions universitaires, 1951

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